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Film de peur
Mauvais
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Une grande stupidité qui risque de triompher au box-office

Le roi de la parodie horrifique revient hanter les écrans, mais cette sixième itération de la franchise se contente de reproduire une vieille recette sans jamais l'adapter à son époque. Résultat : une avalanche de gags qui tombent à plat et un humour régressif qui suscite plus de malaises que de rires.

Contenu de la critique

Bande-annonce finale en anglais  © Paramount Pictures

On sait que l'horreur se porte bien lorsqu'un film de Scary Movie prend l'affiche. En 1996, le premier Scream a redonné ses lettres de noblesse au genre. Cela a résulté en une tonne de copies de qualité inférieure et en 2000 à une comédie irrévérencieuse écrite par Shawn et Marlon Wayans. De la satire culte signée Wes Craven, on obtenait une parodie qui n'épargnait rien ni personne. Le succès au box-office fut tel que quatre suites allaient voir le jour: la dernière étant sortie en 2013.

Le redémarrage de Scary Movie coïncide avec la renaissance de la série Scream. Le script écrit à cinq mains (dont celles de Marlon et de Shawn Wayans) est un copier-coller du cinquième Scream (2022). Ghostface revient hanter une nouvelle génération d'adolescents et il s'en prend aux soeurs Campbell (Olivia Rose Keegan qui possède l'assurance de Melissa Barrera et Savannah Lee Nassif qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Jenna Ortega) afin de localiser leur mère Cindy (Anna Faris) qu'il n'a pu assassiner il y a 26 ans. Les nouveaux personnages sont pratiquement les mêmes que le succès de 2022 et les vieux n'ont pas changé, certains abusant toujours de substances hallucinogènes.

La bonne nouvelle avec cette sixième itération est que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis le précédent effort. Non seulement le public a pu s'ennuyer de la franchise, mais on assiste à un véritable âge d'or du cinéma horrifique. Il y a donc beaucoup de matière à traiter. De Get Out à Sinners, en passant par Weapons et Longlegs, le terrain de jeu est fertile et les clins d'oeil ne manquent pas, revenant même à des classiques plus anciens, mais toujours actuels, comme Halloween et Final Destination. Les hommages ne se limitent toutefois pas seulement aux longs métrages d'épouvante, tels Nosferatu, Terrifier, M3GAN et The Substance. Le scénario ratisse plus large en incluant notamment un grand succès musical et un chef-d'oeuvre d'Ang Lee. La scène la plus saugrenue est sans doute l'apparition de Michael (Jackson, pas Myers) qui figurait il y a quelques mois dans l'un des films les plus épeurants des dernières années.

Là où le bat blesse, c'est que ce nouveau Scary Movie se contente de reproduire une formule éprouvée sans l'adapter au goût du jour. Autant les gags sont nombreux, autant la grande majorité (85%?) tombe carrément à plat. L'humour vulgaire et répétitif de nature sexuelle et scatologique respecte les fondements de la série, tout comme les farces puériles qui dépassent les limites du bon goût. Mais rien ni fait. On ne rit pratiquement jamais et les moments les plus rigolos figurent dans la bande-annonce. Si la distribution semble s'amuser, les différents personnages se révèlent bien peu intéressants. Ils sont à l'image du récit qui ressemble souvent à une succession de sketches raccommodés sans aucune cohérence. La réalisation décorative de Michael Tiddes, adepte du registre satirique depuis A Haunted House et Fifty Shades of Black, n'est pas là pour aider.

Le premier Scary Movie découlait de l'héritage de Mel Brooks et se nourrissait d'une période bénie pour la comédie américaine où figuraient pêle-mêle Jim Carrey à son apogée, les frères Farrelly, South Park, Austin Powers, les oeuvres de déguisements à la Sister Act et Mrs. Doubtfire, etc. Le second épisode sorti trop rapidement était peut-être plus comique, mais il s'avérait surtout plus rudimentaire et oubliable. Puis les frères Wayans se sont fait expulser de la série qui est rapidement devenue moribonde. Cette suite spirituelle des deux premiers tomes tente de renouer avec le succès d'antan en se détournant complètement de ce qui fait rire aujourd'hui. Prenons par exemple le récent I Love Boosters de Boots Riley qui représente possiblement la quintessence de la comédie américaine contemporaine. Elle est absurde et cinglée, sociale et féministe, tout en valorisant l'héritage afro-américain à travers des personnages en trois dimensions qui vibrent au rythme d'un récit complètement imprévisible mis en scène avec virtuosité. Tout le contraire de ce Scary Movie vieillot au possible qui se rapproche davantage de la daube The Breadwinner avec Nate Bargatze qui a pris l'affiche la semaine dernière.

L'ensemble ne se contente toutefois pas seulement de ne pas être drôle. Scary Movie se permet d'être régressif et rétrograde lors d'une multitude de séquences homophobes et transphobes qui suscitent de nombreux malaises. Malgré quelques délicieuses pointes acerbes sur le racisme aux États-Unis, la controversée agence ICE et les dossiers Epstein, l'effort joue la carte conservatrice en célébrant un humour dépassé et des enjeux douteux.  Les vieux personnages, aussi ridicules soient-ils, ont toujours raison face à la jeunesse jugée menaçante car conscientisée. Cela en dit long sur l'héritage familial, le thème central de l'effort. Le tout culmine lors d'une conclusion méta où les frères Wayans règlent leurs comptes avec tout un chacun. Évidemment, on se retrouve devant une comédie, une satire de surcroît, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Mais à force de toujours marteler les mêmes clous, le doute subsiste face aux visées propagandistes. Faut-il rappeler les liens étroits entre Paramount qui distribue le film et le président américain?

Que l'on soit fan ou pas de ce type de long métrage, Scary Movie risque de cartonner au box-office. Ce genre de comédie se fait maintenant rare sur les écrans et sa grande stupidité ne peut que contrebalancer avec le climat morose de l'époque. À tel point que personne ne sera étonné d'apprendre qu'une suite verra rapidement le jour afin de se moquer des sensations de l'heure que sont Backrooms et Obsession. Le véritable test sera là. Comment conserver l'ADN de la licence tout en s'éloignant de la nostalgie à deux sous - celle qui recouvrait également la renaissance du supérieur The Naked Gun l'été dernier - qui permettrait à la série d'évoluer et de s'inscrire dans la durée? Son modèle Scream a été capable malgré un septième épisode plus discutable, pourquoi pas son pastiche délirant et déliré?