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La bataille de Gaulle : Résistance (partie 1)
Bon
Bon

Beaucoup d'audace et de moyens pour un portrait qui manque de nuances

Ambitieux dans sa durée et ses moyens déployés, La bataille de Gaulle: Résistance ressemble à un Mini-Wheats, où le côté givré et amusant côtoie celui plus didactique et faussement nourrissant.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français  © Immina Films

Le général de Gaulle est un monument en France, l'une des personnalités les plus importantes du 20e siècle. Le septième art s'est pourtant peu penché sur son parcours, si ce n'est pas l'entremise du sentimental et quelconque De Gaulle de 2020 qui mettait en vedette Lambert Wilson dans le rôle-titre. Si le diptyque La bataille de Gaulle s'avère beaucoup plus ambitieux, le résultat n'est toujours pas à la hauteur de cet homme qui est entré dans la légende.

La première partie intitulée Résistance au Québec (son titre original est L'âge de fer) se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1942. La France de Pétain a accepté l'armistice avec l'Allemagne et Charles de Gaulle est en exil en Grande-Bretagne, tentant de former une organisation politique et militaire de résistance. Mais personne ne veut l'appuyer et la France libre se trouve rapidement isolée...

Le long métrage débute sur les chapeaux de roues avec une séquence qui résume parfaitement le personnage principal. Charles de Gaulle se trouve à bord d'un véhicule qui ira littéralement confronter un tank ennemi! Le ton est donné et le héros apparaît comme une version de Don Quichotte, prêt à affronter des moulins de son seul courage (ou folie). Non seulement cette figure parle d'elle à la troisième personne, comme Alain Delon («De Gaulle n'obéit qu'à la France»), mais son caractère n'est pas sans rappeler un certain Chuck Norris («Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle»). Un être fascinant qui est campé avec fougue et le talent habituel de Simon Abkarian, immense homme de théâtre qui n'a pas toujours trouvé les rôles les plus substantiels au cinéma (si ce n'est chez Robert Guédiguian).

Le récit qui est adapté du livre De Gaulle: une certaine idée de la France de l'historien britannique Julian T. Jackson souffre toutefois d'une structure épisodique. Aujourd'hui, Charles de Gaulle tente de convaincre Winston Churchill de résister à l'influence américaine. Demain, il se rendra en Afrique pour consolider ses positions. La semaine prochaine, place à un combat important qui scellera son sort à jamais. Une sous-intrigue avec le rappeur Florian Lesieur se déroulant dans le Paris occupé prend une place prépondérante et elle ne semble exister qu'afin de séduire un cinéphile adolescent. Le récit picaresque de 160 longues minutes s'éparpille sans lien conducteur tangible et il aurait sans doute donné une série télévisée plus satisfaisante, où l'important résistant Jean Moulin serait apparu plus d'une fois...

Ce volet s'apparente à un véritable Mini-Wheats, avec un côté givré assez délicieux où le film tente d'échapper au biopic conventionnel en osant l'aventure absurde. Avant d'être réalisateur du musclé Le chant du loup, Antonin Baudry était diplomate et, surtout, scénariste de bandes dessinées sur les jouissifs Quai d'Orsay. On retrouve ce côté cartoon, cette figure incorruptible à la Tintin/Batman et cette façon de satiriser la politique. En même temps, le film aux dialogues pas toujours naturels se prend énormément au sérieux, créant une hagiographie à l'effigie de son sujet. Charles de Gaulle représente, par extension, la France, et celle-ci se dresse irrémédiablement face à l'adversité. Pour la nuance et les zones grises, il faudra repasser. Les enjeux sont tellement simplifiés qu'ils finissent par englober toute complexité et subtilité. L'affrontement entre le plaisir et le patrimoine fait rage et c'est évidemment ce dernier qui aura le dernier mot.

L'ensemble ne manque pourtant pas de moyens techniques considérables (scènes d'action spectaculaires, montage nerveux et minutieux, musique percutante) et d'une distribution à toute épreuve (où l'on retrouve notamment Niels Schneider, Benoît Magimel et Mathieu Kassovitz). À l'instar des récentes créations Les trois mousquetaires et Le comte de Monte-Cristo, le cinéma français cherche à compétitionner avec les superproductions hollywoodiennes en enrobant le spectaculaire d'un esthétisme publicitaire. Il le fait malheureusement au détriment de son sujet, qui apparaît trop souvent dénué d'émotion et de profondeur. Cela dit, il sera impossible de bien juger Résistance sans avoir vu sa suite Liberté (ou plus poétiquement J'écris ton nom sur le sol français) qui prend l'affiche dans moins qu'un mois. Peut-être que le tout formera un projet cohérent et pleinement satisfaisant, à l'image du diptyque de Steven Soderbergh sur le Che.