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Affiche du film La meilleure façon, c'est par accident
La meilleure façon, c'est par accident
Bon
Bon

Noémie D. Leclerc filme un joyeux chaos qui finit par toucher au cœur

Des entrevues, des souvenirs, des coulisses, des amis, une mère, un grand-père, des rêves et la fin du monde. Sur papier, La meilleure façon, c’est par accident ressemble un peu à n’importe quoi. À l’écran, étonnamment, pas du tout. Pour son premier film, Noémie D. Leclerc signe un documentaire aussi éclaté qu’authentique, porté par une véritable tendresse pour les gens qu’elle filme.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle

Noémie D. Leclerc l’avait dit en entrevue : « Mon film est sur rien, sur l’absence et sur tout ce qui reste. Sur la vie. » Difficile de mieux résumer cet étrange objet cinématographique qui semble constamment partir dans toutes les directions, mais qui finit pourtant par trouver son chemin.

Tout commence par une absence. Après la mort de son père adoptif, la jeune cinéaste réalise, en replongeant dans ses archives, qu’elle ne l’a pratiquement jamais filmé. Une seule fois. Par accident. De cette prise de conscience naît l’envie de conserver ce qui risque de disparaître : les visages, les voix, les moments ordinaires et surtout les gens qu’elle aime.

Noémie interviewe sa (sympathique) mère Annie. Cette dernière avait, elle aussi, beaucoup filmé sa fille lorsqu’elle était petite, captant tous ces moments en apparence banals qui sont depuis devenus de précieux souvenirs. Noémie rencontre également son (adorable) grand-père Marcel (on lui doit aussi le titre du film), ses amis, des jeunes croisés ici et là. Elle montre aussi les coulisses du tournage, laisse entrer les hésitations, les imperfections et les accidents (!) dans son propre film. On pourrait facilement perdre le fil. Pourtant, quelque chose tient tout cela ensemble : une formidable authenticité.

Nous n’avons jamais l’impression que les personnes devant la caméra jouent à être intéressantes. Elles réfléchissent, cherchent leurs mots, sourient, doutent. La cinéaste leur demande notamment s’ils croient en l’avenir et quels sont leurs plus grands rêves. Les réponses ne sont pas nécessairement celles auxquelles on pourrait s’attendre… mais elles sont profondément humaines.

Car derrière cette question plane évidemment une inquiétude très contemporaine. L’avenir ne semble pas particulièrement réjouissant. Crise climatique, incertitude, sentiment que quelque chose se termine : la génération de Noémie D. Leclerc porte manifestement le poids d’un monde dont elle ne sait pas exactement quoi faire. Pourtant, La meilleure façon, c’est par accident n’est jamais complètement pessimiste. Chacun semble trouver quelque chose auquel s’accrocher. Un rêve. Une personne. Un projet. Une petite raison de continuer à croire.

C’est là que le film devient particulièrement touchant. En faisant dialoguer plusieurs générations, le film montre que l’incertitude change de forme, mais que le besoin d’espérer demeure. Marcel, Annie, Noémie et les autres composent ainsi, presque accidentellement, un portrait de famille élargi.

La superbe trame sonore d’Hubert Lenoir (son conjoint et collaborateur depuis plusieurs années) accompagne ce documentaire avec sensibilité et participe à son caractère singulier.

À 111 minutes (devrait-on faire un vœu?), le film aurait facilement pu s’écrouler sous son apparent désordre. Mais derrière ce joyeux chaos se révèle progressivement une voix de cinéaste.

Un film sur rien? Peut-être. Mais surtout un film sur tout ce qui reste quand on prend enfin le temps de regarder.