Grand (et drôle) de bonhomme.
Il revient de loin ce projet fleuve tant attendu – et en deux parties - sur l’un des plus grands hommes qu’ait connu la France : le Général De Gaulle, Charles pour les intimes. Doté d’un budget stratosphérique de près de 80 millions d'euros, soit 40 par film. Cette somme en fait, même pris séparément, certains des films les plus coûteux de l’histoire du cinéma français. Produit par Pathé dans la même veine que « Le Comte de Monte-Cristo » et un autre diptyque, celui des « Trois Mousquetaires », il est censé conforter la stratégie de la firme visant à produire de très grands films vantant la France et ses figures connues, qu’elles soient littéraires ou historiques. Le long-métrage n'est peut-être pas aussi bon que la grandiose adaptation de la vengeance du comte avec Pierre Niney mais bien au-dessus des deux volets issus de l’adaptation des fameux mousquetaires de Dumas (intitulés « D’Artagnan » et « Milady »), qui souffraient d’une intrigue confuse et d’un manque de souffle épique. « La bataille De Gaulle : l’Âge de fer » est un (début de) biopic de haute volée, dans la lignée de celui sur Mesrine il y a vingt ans par Jean-François Richet et avec Vincent Cassell, dans un tout autre genre bien sûr. Problème : le premier volet a fait un démarrage catastrophique en juin en France au point que le second volet a été avancé. Heureusement, la qualité du film lui a valu un bouche-à-oreille rare et incroyable qui a conduit les deux volets à s’approcher des trois millions en fin de carrière, sauvant les meubles et en faisant (presque) un succès.
Le grand homme qu’est De Gaulle avait déjà connu maintes reportages, documentaires et quelques apparitions dans des feuilletons ou séries télévisées mais il n’avait connu qu’un vrai film jusque-là, d’ailleurs assez récent : le sobrement intitulé « De Gaulle » avec Lambert Wilson, qui n’avait pas marqué les mémoires ni tutoyé les cimes du box-office. Un récit qui se concentrait davantage sur l’aspect familial et les tous débuts de la guerre pour croquer l’homme. Approche radicalement différente ici puisque Antonin Baudry nous parle du général, du résistant, du diplomate et de l’homme d’action et de mots. Et il décide avec le budget qui lui est octroyé d’offrir un biopic spectaculaire et ample qui couvre toute la durée de la Seconde Guerre Mondiale. Ce premier volet se focalise sur la période allant de début 1940 à la fin 42. L’atout maître dans la besace du film et du cinéaste découvert avec le bon « Le Chant du Loup », étonnant film de sous-marins sous tension, demeure sans conteste son choix de casting d’une évidence rare. En prenant Simon Abkarian dans le rôle-titre, comédien arménien abonné aux seconds rôles, Baudry réalise un coup de maître tant ce grand (dans tous les sens du terme) acteur est impérial dans la peau du Général. Dans tous les choix narratifs pris par le scénario comme dans la façon étonnante (probablement voulue par le cinéaste) pour incarner le rôle, il est impeccable et bluffant.
Chose importante au vu d’une telle somme : le budget se ressent à l’écran. Hormis quelques incrustations légèrement voyantes, les effets spéciaux sont efficaces et les décors et costumes de toute beauté. La direction artistique rutilante est mise en avant par le biais d’une mise en scène ample et généreuse. Que ce soit dans les séquences de guerre ou celles plus posées à base de dialogues intimes ou de stratégie guerrières, Baudry assure le spectacle et la beauté tout comme la fluidité de ses images. Un souffle épique indéniable traverse agréablement le film et nous emporte avec lui. « La bataille De Gaulle : l’Âge de fer » est en outre profondément instructif sans être trop didactique, l’intrigue est factuelle et limpide, permettant de nous remettre en tête tous les enjeux tactiques de cette guerre et la lubie d’un homme entêté. Et c’est d’ailleurs là que le long-métrage étonne. De Gaulle est présenté comme un très grand patriote mais aussi comme un homme buté à l’égo parfois démesuré, empêchant l’hagiographie rance et permettant un portrait nuancé et véritable de l’homme. Et c’est dans ses mauvais côtés et quelques séquences joliment absurdes ou décalées (mais naturellement) que le film dégage un humour surprenant et bienvenu qui fait mouche. Oui, on est ému par l’émotion d’une telle période et ses tragédies mais on rit aussi de ce Don Quichotte qui va se battre pour l’amour de son pays. Et c’est beau à voir, alors vivement la suite!
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