Publicité
En direct
Très bon
Très bon

Robert Pattinson est magistral dans ce film déstabilisant sur l'information-spectacle

Fascinant à souhait, Primetime carbure à l'ambiguïté, parlant de notre époque avec une rare maestria. Si le film n'est pas exempt de défauts, il permet à Robert Pattinson de trouver l'un de ses meilleurs rôles en carrière.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle 2 en anglais  © Entract Films

Les meilleurs films sur le journalisme rappellent l'importance du quatrième pouvoir comme chien de garde de la démocratie. Les exemples les plus emblématiques demeurent All the President's Men et Spotlight. Mais parfois, ce milieu est tout aussi corrompu que la réalité traitée, ce qui donne des longs métrages captivants comme Network, Sweet Smell of Success et maintenant Primetime.

Basé sur un article du magazine Esquire, le récit suit les obsessions de Chris Hansen (Robert Pattinson) et de son équipe derrière To Catch a Predator qui, de 2004 à 2007, ont orchestré des stratagèmes ingénieux afin de coincer de potentiels pédophiles. Une émission qui a bouleversé à jamais et pas nécessairement pour le mieux l'histoire de la télévision.

Les thèmes essentiels fourmillent dans cette création tordue qui ne lésine pas sur l'humour noir et la satire. Il est question de l'information-spectacle, du culte des cotes d'écoute et de la dérive des téléréalités. Si chaque personnage rêve d'être reconnu, ils reflètent cette société malade où la moralité rend progressivement les armes. En encourageant une forme d'auto-justice envers le Mal, l'émission participe à cette perte de confiance envers les autorités qui, deux décennies plus tard, atteint son paroxysme dans une Amérique divisée.

Le sujet n'est pas nouveau et il a déjà été traité brillamment dans le documentaire Predators de David Osit qui a pris l'affiche en 2025 et qui est plus complexe, profond et abouti que Primetime. Ce dernier a toutefois l'avantage de prendre de la distance avec le réel. Même s'il signe son premier long métrage de fiction, Lance Oppenheim est un adepte du documentaire (notamment avec son distrayant Some Kind of Heaven qui s'attardait également aux figures de pouvoir) et il signe ici une mise en scène de haut calibre, qui reprend l'esthétisme de l'époque - grain, poids du numérique, couleurs saturées, caméras cachées - pour se transformer après un léger passage à vide en une véritable fièvre qui semble contaminer tout ce qui bouge.

C'est toutefois Robert Pattinson qui fait le film. Non seulement le meilleur acteur de sa génération parle et gesticule de la même façon que son sujet, mais rien ne semble à son épreuve pour transmettre une large gamme d'émotions. Du héros charismatique, le voilà qui se transforme soudainement en inquiétante figure vampirique. Il rejoint la liste de personnages arrivistes et cyniques comme Kirk Douglas dans Ace in the Hole ou Jake Gyllenhaal dans Nightcrawler qui n'hésitent pas à mentir, manipuler et bien plus encore pour arriver à leurs fins. Sa prestation étincelante n'éclipse en rien le brio de ses partenaires de jeu, dont Merritt Wever, parfaite en productrice qui tente de conserver son humanité, et de Skyler Gisondo, hilarant en aspirant comédien qu'on transforme en leurre à prédateurs sexuels.

Fascinant à souhait, Primetime carbure à l'ambiguïté, parlant de notre époque avec une rare maestria. Si le portrait demeure sombre, verbeux, démonstratif et forcément incomplet, il permet à Robert Pattinson de trouver l'un de ses meilleurs rôles en carrière. Après The Odyssey, The Drama et en attendant Dune: Part Three, 2026 est décidément son année.