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Gueule d'argile
Bon
Bon

Enfin un film inspiré de l'univers de DC Comics qui ne perd pas la face

Lorsque DC Comics ose sortir du cadre, cela donne un inquiétant film de superhéros qui flirte avec l'horreur.

Contenu de la critique

Bande-annonce finale en français  © Warner Bros.

C'est la panne sèche d'inspiration depuis plusieurs années du côté des adaptations cinématographiques de DC Comics, qui a touché le fond l'été dernier avec Supergirl. La populaire licence tente d'innover en embrassant l'horreur avec Clayface (Gueule d'argile), un antagoniste issu de l'univers de Batman.

Se déroulant dans un Gotham City aussi corrompu que dans les films de Christopher Nolan et de Tim Burton, l'intrigue présente les rêves de gloire de l'acteur Matt Hagen (Tom Rhys Harries) et sa chute vertigineuse, alors qu'il perd la face (littéralement) des mains d'un baron du crime. Une scientifique (Naomi Ackie) reconstruit son visage en utilisant une technologie expérimentale qui alimente ses pulsions meurtrières...

L'histoire chargée, imaginée par le maître de l'horreur Mike Flanagan (Doctor Sleep), n'est guère transcendante, mélangeant un peu n'importe comment les genres (suspense, romance, satire du monde du cinéma, récit de vengeance). Le scénario prévisible sur la perte d'humanité de son héros évoque une symbiose entre le cinéma de David Cronenberg (The Fly), de Sam Raimi (Darkman) et de Paul Verhoeven (Hollow Man), mâtiné d'hommages à des classiques plus anciens comme House of Wax et The Phantom of the Opera. Bref, on se retrouve devant une série B que ne peut relever la mise en scène terne de James Watkins (Speak No Evil).

Il y a pourtant matière à s'amuser dans ce délire. Notamment avec la performance truculente du comédien gallois Tom Rhys Harries (aperçu dans The Return) qui se métamorphose littéralement à l'écran. L'interprète qui n'est pas sans rappeler un mélange entre Alex Lutz et un jeune Willem Dafoe s'abonne complètement au sein de ce personnage fascinant qui se rapproche davantage du Joker que de Venom. Et la possibilité de suivre un acteur (Matt Hagen) qui se réinvente de rôle en rôle devient la métaphore de Clayface qui peut revêtir n'importe quel visage en délaissant graduellement sa propre identité.

Ce sont toutefois les séances de body horror qui retiennent l'attention. Elles sont nombreuses et d'une efficacité redoutable. C'est par l'entremise de ces corps altérés que le long métrage sort des sentiers battus en proposant autre chose que la poutine habituelle. Ces moments s'apparentent à des rêves oniriques qui atteignent leur apogée dans un avion ou dans une discothèque lors de la satisfaisante séquence finale. Les âmes sensibles détourneront évidemment le regard.

C'est en prenant des risques (calculés) et en se mettant en danger (mais pas autant qu'un Substance, qui représente un modèle bien plus troublant et décadent) que DC Comics débarque là où personne ne l'attendait, ce qui fait de Clayface leur meilleure production depuis The Batman avec Robert Pattinson. Surtout qu'il ne s'agit pas tant d'un film de superhéros, mais plutôt d'une oeuvre drôle et horrifique, parfaite pour l'Halloween, qui se suffit à elle-même, ce qui est de plus en plus rare à une époque où les suites et le format de la série demeurent les principaux modèles de création.