Lauréat du prix Nobel de littérature, Kazuo Ishiguro est l'un des plus importants écrivains contemporains. Son chef-d'oeuvre The Remains of the Day a été transposé au cinéma dans les années 1990 - il avait obtenu huit nominations aux Oscars - et c'est au tour de Klara and the Sun (Klara et le soleil) de prendre la direction du grand écran.
Son dernier roman qui a été publié en 2021 s'inscrit dans la vague rétro futuriste de Never Let Me Go (qui fut également l'objet d'une adaptation cinématographique). Klara (Jenna Ortega) est une androïde innocente qui est achetée afin de tenir compagnie à une jeune femme malade (Mia Tharia). Elle est convaincue que le soleil peut sauver sa nouvelle âme soeur...
Le magnifique livre abordait la fragilité de la nature humaine, la foi envers les beaux lendemains, la difficulté à entrer en contact avec les autres, l'éducation des enfants, la solitude et le désir d'immortalité par l'entremise d'une forme d'intelligence artificielle plus empathique que la moyenne. Des thèmes qui sont absents ou traités superficiellement par le long métrage.
Personne ne demande à un film de recréer un livre. Il s'agit d'un autre médium qui doit posséder sa propre vie. Mais lorsque l'essence est absente, il y a un problème. C'est le cas de ce conte de fée qui est à l'image de son héroïne : naïve, puérile, inconséquente. Le jeu solaire et attachant de Jenna Ortega n'est pas en cause, seulement les fondements de son personnage.
C'est à se demander si Taika Waititi était la bonne personne pour réaliser et scénariser ce projet délicat qui ne méritait pas autant de cynisme. La première partie baigne dans la lumière et le créateur des derniers épisodes de Thor en fait une comédie poussive et rarement drôle. Son style tape-à-l'oeil à la direction artistique soignée prend tellement de place qu'elle finit par écraser les enjeux sensibles.
La suite plus sombre et mélancolique croule sous les dialogues explicatifs, le sentimentalisme à deux sous et la manipulation de l'émotion, qui finit par détourner la jolie musique de Michael Giacchino à des fins lacrymales.
Le récit d'initiation qui explore l'amour, l'amitié et la mort privilégie une relation mère/fille qui permet de mieux exposer les failles de la mémoire, les souffrances latentes et le deuil dans sa façon de superposer le passé au présent. Encore là, le processus mécanique s'avère inopérant malgré la présence de la toujours excellente Amy Adams. Dans un registre similaire, le récent et mésestimé Sheep in the Box d'Hirokazu Kore-eda s'avérait nettement plus satisfaisant.
Il est rare de voir un livre autant détruit par un film que Klara and the Sun. Comment une réflexion aussi magistrale, profonde et complexe sur l'humanité et le monde d'aujourd'hui a pu se transformer en objet ennuyeux, sirupeux et appuyé qui possède la profondeur d'une carte Hallmark? Oscarisé pour Jojo Rabbit, mais en panne créative depuis Next Goal Wins, Taika Waititi signe probablement sa pire création qui est à inscrire parmi les ratages les plus spectaculaires de l'année.
