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Digger
Acceptable
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Un Tom Cruise méconnaissable n'arrive pas à sauver ce film du désastre

Digger avait tout pour être le prochain classique américain. Au lieu de cela, le film déçoit malgré ses éclairs de génie.

Contenu de la critique

Bande-annonce finale en français  © Warner Bros. Canada

Digger avait tout pour être le prochain One Battle After Another : un sujet criant d'actualité alimenté d'une absurdité assourdissante, un cinéaste visionnaire doublement oscarisé (Alejandro Gonzalez Inarritu pour Birdman et The Revenant) et la présence de la plus grande star hollywoodienne (Tom Cruise). Malgré quelques éclairs de génie, le film déçoit amèrement.

Ce n'est pourtant pas la faute de Tom Cruise qui n'a jamais paru aussi inspiré depuis longtemps. Le sauveur du cinéma délaisse ses films d'action habituels pour mordre à pleines dents dans ce rôle de vieillard ultra puissant qui tente de se racheter en secourant l'humanité après que sa soif de pétrole et de richesse ait provoqué une crise planétaire. Imaginez sa performance survoltée dans Magnolia qui se déroulerait pendant 129 minutes!

Sa manie d'en faire des tonnes est symptomatique du long métrage qui décrit notre époque hystérique en misant sur la satire survoltée qui finit par se transformer en farce exubérante. Les personnages passent ainsi leur temps à hurler et à gesticuler et gare au mal de tête qui peut s'en suivre chez le spectateur. À la fois un Dr. Strangelove des pauvres (n'est pas Kubrick qui veut) et une version encore plus cinglée de Don't Look Up, cette fable écologique à l'humour lourdingue finit par faire sourire, mais elle laisse surtout de glace par son propos simpliste sur l'humanité et l'environnement.

Le récit écrit à huit mains explore également l'errance existentielle de son héros (une obsession du cinéaste depuis Amores Perros) tout en multipliant de surprenantes mises en abyme qui permettent d'aborder le rôle de l'art en temps de crises. Comme toujours chez Inarritu, sa mise en scène est virtuose avec ses vertigineux plans de caméra, sa riche trame sonore, son montage inventif et son incroyable direction artistique. Tout cela tourne cependant à l'exercice de style prétentieux et maniéré qui ne rappelle qu'une chose : Bardo, fausse chronique de quelques vérités, la précédente - et pire - création de son auteur.

Il y a pourtant tant à admirer dans ce délire qui n'est pas sans rappeler les grandes fresques malades comme le Megalopolis de Francis Ford Coppola et le Babylon de Damien Chazelle. Quelques discours enflammés sont autant de morceaux d'anthologie. Il sera d'ailleurs impossible d'oublier les performances hilarantes de Riz Ahmed et de John Goodman. Quant au dernier plan du film, il demeure l'un des plus beaux de l'année et c'est pratiquement le seul qui est dénué de cynisme.

Rares sont les superproductions de plus de 100 millions de dollars qui osent et Digger est d'autant plus précieux qu'il ne se censure à aucun niveau et qu'il ne cherche pas à être aimable. Dommage qu'au lieu d'être le grand classique américain qu'il promettait, le long métrage tourne à vide et tombe à plat. À tel point qu'il finit par laisser indifférent. On se rattachera alors à la présence de Tom Cruise qui joue pour l'Oscar et dont la présence finit par transformer ce spectacle haut en couleur en véritable cirque grotesque.