Un peu comme « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson l’an passé, « Digger » était attendu comme le Messie, le blockbuster de fin d’année destiné à rafler son lot de récompenses dans les différentes cérémonies. On a quand même un sacré morceau de cinéma qui se profile de loin. D’abord, le retour d’Alejandro Gonzales Inarritu après le monstrueux et inoubliable « The Revenant » et un passage sur Netflix avec « Bardo ». Son retour après sept ans d’absence était attendu. Ensuite, découvrir Tom Cruise dans une composition qui s’annonçait incroyable, entre « Magnolia » (pour le côté intense) et « Tonnerre sous les tropiques » (pour la transformation physique) ne peut que titiller notre curiosité. Ajoutons, un casting royal à ses côtés (John Goodman, Riz Ahmed, Sandra Hüller, ...) et un sujet ô combien nécessaire et dans l’air du temps qu’est la crise écologique, vous avez une petite bombe de hype cinéphile en approche. Et donc ce qui aurait pu être une satire grandiose sur le climat à la « Don’t look up » (un monument dans le genre) se révèle être une farce grotesque et pénible aux choix narratifs complètement lunaires et/ou clivantes. Un film pénible sur la longue où on hésite entre audace et prétention (toutes deux non payantes).
Pourtant, « Digger » commence très fort. Les vingt premières minutes qui présentent des enjeux très sérieux (une fuite de méthane dans la calotte glacière à cause du forage pétrolier provoque le détachement d’un immense iceberg qui vogue vers l’Europe) sur le ton de l’humour presque absurde (le chat) sont décapantes. Ton Cruise est super investi dans le rôle, les dialogues à débit mitraillette sont caustiques et drôles tandis que le côté exagéré de ce pamphlet nous apparaît mesuré avec justesse. On sent le film certes enorgueilli de lui-même, mais aussi brillant qu’amusant. Puis patatras! En une séquence tout s’effondre. Pas de spoiler à ce niveau mais on comprend vite que tout cela est une mise en abyme, un film dans le film (ou plutôt une pièce de théâtre ici). Et ce choix nous sort complètement du récit, surtout qu’il apparaît mal fagoté et inutile. Certes, sur la toute fin tout prend son sens et amène à cette chute édifiante mais il va sans dire que « Digger » aurait été bien plus digeste sans cette pirouette narrative auto-suffisante. Comme un clin d’œil à un de ses anciens films « Birdman », la pièce de théâtre cristallise la mémoire de la chute qui nous attend.
Bien sûr, tout n’est pas à jeter au sein de ce long-métrage boursouflé. La mise en scène - dont les focales font penser au cinéma de Yorgos Lanthimos - est quand même assez appréciable et le film nous gratifie de quelques éclats merveilleux. On pense surtout à ce plan-séquence magistral qui voit Tom Cruise faire un monologue incroyable sur l’hypocrisie du monde face à la crise écologique. Passionnant aussi bien sur le fond que sur la forme. Et John Goodman en fait un pas mal non plus et très drôle quelques séquences plus tard. Mais tout est outrancier, forcé et exagéré. Comme on le disait plus haut, la critique n’est pas fine, elle est en mode bulldozer enfonçant des portes ouvertes plus qu’autre chose. Le long-métrage est bavard, redondant, fatigant et les gesticulations intempestives des personnages finissent par nous indisposer. La plupart des seconds rôles sont sous-employés ou timides, laissant ainsi le champ libre à Tom Cruise, certes impérial dans un film irritant.
Cependant, ce qui reste l’énorme talon d’Achille du film est sans conteste ses sorties de routes méta (qui cachent d’ailleurs peut-être d’obscurs symboles ou sens qu’on n’a pas pris la peine de déchiffrer) arrogantes et parfaitement injustifiées que la promotion a d’ailleurs bien pris soin de masquer. Elles nous sortent totalement de « Digger » à chaque fois. En bref, malgré ces qualités plastiques indéniables, quelques fulgurances qui valent le coup et un Tom Cruise comme on ne l’a jamais vu, c’est vraiment foireux et chiant. Revoyez plutôt la claque « Don’t look up » dans le même genre!
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