Présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto, puis en clôture de la 55e édition du Festival du nouveau cinéma de Montréal (FNC), le film L’autre constitue le deuxième volet de la trilogie d’Alexandre Franchi consacrée au cancer. Après Happy Face (2018), qui explorait la relation mère-fils face à la maladie, le réalisateur s’intéresse cette fois à Stan (Pierre-Yves Cardinal) qui, à son tour, se trouve confronté au cancer… le sien.
Atteint d’un rare cancer des os, Stan, publicitaire rêvant de devenir romancier, affronte la douleur et la peur de mourir dans sa chambre d’hôpital. Son quotidien bascule avec l’arrivée de Darius, un jeune blessé par balle qui simule le coma. Provocateur et imprévisible, ce dernier entraîne Stan dans une guerre psychologique teintée d’humour noir. Leur affrontement pousse peu à peu Stan à confronter ses angoisses et à mesurer l’écart entre les héros qu’il imagine et sa propre existence.
À mi-chemin entre comédie dramatique et thriller psychologique, L’autre ne fait pas dans la dentelle. Fidèle à son précédent film, Franchi expose sans détour les corps meurtris, les opérations et les traitements médicaux. Pour assurer ce réalisme parfois difficile à regarder, l’équipe s’est entourée de spécialistes, notamment du chirurgien orthopédiste Dr Turcotte, que Benoît Gouin, interprète du chirurgien Phaneuf, a pu observer au travail. Une histoire particulièrement personnelle pour Franchi, lui-même atteint d’un cancer des os en 2010 et sauvé par ce même médecin. Âmes sensibles, préparez-vous à détourner les yeux!
Heureusement, derrière cette atmosphère lugubre et ce huis clos étouffant se cache un humour aussi noir que savoureux. Entre insomnies, hallucinations et médicaments antidouleur, Stan nous entraîne dans des situations franchement absurdes. Presque constamment cloué au lit, Pierre-Yves Cardinal livre une performance convaincante, passant de la détresse aux explosions de colère avec une folie contagieuse. Le regretté Marc Messier, dans l’un de ses derniers rôles au cinéma, apporte une tendresse désarmante en père aimant. Karine Gonthier-Hyndman incarne Bénédicte, la conjointe rassurante de Stan, tandis que Nahéma Ricci, dans le rôle de Fleur, ajoute une bonne dose d’excentricité. Mais c’est Bilel Chegrani, dans la peau du mystérieux Darius, qui donne véritablement froid dans le dos. Sa voix troublante, sa silhouette menaçante et ses regards glaciaux suffisent à installer le malaise.
Franchi et son coscénariste Simon Lavoie en profitent également pour égratigner le système de santé québécois. Personnel épuisé, erreurs médicales et patients laissés à eux-mêmes : le portrait est peu reluisant. Selon le réalisateur, ces situations sont directement inspirées de son propre parcours hospitalier. Difficile de ne pas penser aux Invasions barbares (2003) de Denys Arcand, qui dénonçait déjà les failles du réseau. Le film évoque aussi par moments Misery (1990) de Rob Reiner, avec son protagoniste vulnérable, prisonnier d’un bourreau qui prend un malin plaisir à le tourmenter. Pour son premier long métrage en français, Franchi s’offre également quelques clins d’œil musicaux bien de chez nous, notamment avec « Le petit roi » et « Bobépine ».
Entre rires nerveux, frissons, dégoût et moments touchants, L’autre nous fait vivre de véritables montagnes russes émotionnelles. Une expérience aussi dérangeante que divertissante, qui tombe à point pour l’Halloween!
