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Extraordinaire
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Le documentaire de l'heure est un joyau cinématographique

Personne ne voudra manquer ce suspense fascinant qui risque de marquer son époque.

Contenu de la critique

Bande-annonce en anglais

Documentaire phénomène qui devrait faire sensation à la prochaine cérémonie des Oscars, You Can See Everything de Nathan Fielder et Lance Oppenheimer est une oeuvre fascinante impossible à oublier.

Qui est Elizabeth Holmes, la fondatrice de technologie médicale Theranos, qui a été condamnée à 11 ans de prison pour fraude? Un mois avant son incarcération, le documentariste Nathan Fielder débarque dans la maison qu'elle partage avec son amoureux Billy Evans afin de filmer le couple dans son intimité.

Qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce qui est faux? Ce questionnement demeure incessant devant ce brillant essai qui brouille constamment la frontière entre le documentaire et la fiction, entre la vérité et le mensonge. L'époque est à la manipulation et ce concept représente le fondement même du récit.

Le film qui débute de façon quelque peu conventionnelle présente le sympathique Fielder (dont la voix rappelle celle de l'humoriste Ray Romano) qui tente d'y voir plus clair dans toute cette histoire abracadabrante. Est-ce Elizabeth Holmes qui a imaginé tout ce stratagème, elle dont le regard et la gesticulation semblent avoir été concoctés par l'intelligence artificielle? Ou c'est plutôt son conjoint qui tire les ficelles en exploitant sa sincérité? Ce sera impossible de le déterminer avec exactitude, même si les réparties de Fielder et les réponses de ses interlocuteurs ne manqueront pas de faire hurler de rire par leur absurdité.

La suite est encore plus incroyable et il ne faudrait surtout pas la révéler pour ne pas gâcher le plaisir rencontré. L'ensemble se transforme en exercice méta sur ce qu'on vient de voir préalablement, obligeant constamment le spectateur à remettre en question les informations reçues, rappelant par la même occasion que les documentaires peuvent présenter des vérités incomplètes. Il est toujours question d'intentions, d'émotions et de points de vue. Le résultat captivant n'est pas sans évoquer Risk, où sa cinéaste Laura Poitras perdait le contrôle de son sujet à mi-parcours, ou même de quelques opus d'Orson Welles.

Si You Can See Everything (quel beau titre qui est évidemment ironique!) s'étend sur près de trois heures, il n'est jamais en longueur. Sa forme cinématographique privilégie un montage alerte, des champs-contrechamps révélateurs et une musique mélodique qui tient en haleine. C'est là que la patte du coréalisateur Lance Oppenheimer se fait ressentir, lui qui en avait captivé plus d'un dernièrement avec son fulgurant Primetime.

Non seulement You Can See Everything est le meilleur documentaire de 2026 (la compétition est pourtant forte cette année avec Naza et Le chant des forêts), c'est également l'un des longs métrages - toutes catégories confondues - les plus mémorables et importants. L'oeuvre ne cesse de questionner notre rapport aux images, à la réalité parfois alternative d'autrui, à notre façon de communiquer et même, ultimement, d'aimer. Un film énigme sur toute la ligne qui encapsule mieux que n'importe quel autre document notre époque complexe et insaisissable.