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Le Fantôme de l'Opéra
Pauvre
Pauvre

Rien sous le masque

Cette nouvelle version du classique littéraire s'adresse davantage à un public peu exigeant avec sa mièvre histoire d'amour et son esthétisme publicitaire.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Sphère Films

Publié en 1911, le roman français Le fantôme de l'opéra de Gaston Leroux est rapidement devenu culte. Comme tout avait déjà été montré avec l'extraordinaire version muette de 1925, il fallait se tourner vers la transposition fulgurante - celle de Brian De Palma sous le titre Phantom of the Paradise, par exemple - pour trouver quelque chose de nouveau dans cet univers. La relecture de 2026 a la particularité de s'apparenter à un film d'ados.

Le long métrage prend d'ailleurs la forme du récit d'apprentissage classique, alors que notre héroïne ballerine Anastasia (Deva Cassel) débarque au prestigieux Opéra national de Paris avec des rêves plein la tête. C'est là qu'elle pourra se familiariser avec les notions d'amour, d'amitié et de mort, en côtoyant notamment Ernest (Julien de Saint Jean), un pianiste qui pourrait bien être un fantôme.

La production qui se déroule à notre époque est consciente de l'héritage du passé, n'hésitant pas à citer la création emblématique de Leroux. Il y a même un personnage secondaire qui lance lors d'un moment tendu : « J'adore cette ambiance de film d'horreur! ». L'oeuvre se joue ainsi à coup de citations ironiques méta, du genre « Les abonnés veulent des classiques » et « Aujourd'hui, les gens s'habituent à faire de la merde ».

Tout cela camoufle malheureusement un manque d'inspiration de la proposition. Cela est palpable dans le jeu monolithique de Deva Cassel, la fille de Vincent Cassel et de Monica Bellucci, dont la métamorphose de la naïveté à la hargne manque de crédibilité. Julien de Saint Jean (La réparation) n'est guère plus convaincant et la romance exacerbée à la Twilight laisse de glace tant il n'y a aucun atome crochu entre les comédiens.

Appliquée et impersonnelle, la réalisation d'Alexandre Castagnetti (Amour et turbulences) ressemble à de la simple peinture à numéro, remplaçant l'univers gothique et poétique du bouquin par un vulgaire esthétisme publicitaire. Le cinéaste ne semble pas toujours savoir comment gérer ses ruptures de ton - entre suspense, sentiments et fantastique - qui finissent par alourdir le rythme, au même titre que les nombreux dialogues explicatifs. Évidemment, resserrer les enjeux, qui se déroulent sur 134 minutes, aurait été une bonne idée.

Il y a pourtant des flashs intéressants qui apparaissent par intermittence. Pensons aux clins d'oeil à Black Swan et au Suspiria de Dario Argento (qui a déjà fait chou blanc en adaptant le roman de Leroux), aux séances de rêves qui évoquent Eyes Wide Shut, à l'incroyable chorégraphie finale et à l'utilisation du mythe d'Orphée. Puis il y a cette dualité entre la protagoniste qui n'a peut-être pas toute sa tête qui est confrontée à un metteur en scène tout-puissant (cabotin Romain Duris) dont les comportements toxiques sont à décrier.

Tout cela n'est pas suffisant pour recommander cette très libre adaptation du Fantôme de l'opéra, mais pour imaginer son potentiel s'il y avait un réel désir de risques et de transgression, au lieu d'une version lisse et quelconque qui s'oubliera le lendemain de l'Halloween.