La production de Villeneuve : L'Ascension d'une légende fut une véritable épopée pour ses artisans, autant d'un point de vue financier que technique. Interruption de tournage pendant 13 mois, dépassement de coûts et perte d'une partie du financement, voilà certains des enjeux avec lesquels le producteur Christian Larouche et son équipe ont dû jongler pour donner vie à cette biographie sur le célèbre coureur automobile québécois. Qu'à cela ne tienne, porté par la vision, la passion et l'investissement de tous ceux et celles qui y ont oeuvré, le long métrage voit enfin le jour sur les écrans québécois, précédé par des rumeurs plus que positives après son passage au TIFF et au Festival du cinéma international à Rouyn-Noranda.
On y retrace les débuts du coureur automobile, des rangs de la campagne de Berthierville jusqu'aux plus grands circuits de la F1 avec l'écurie Ferrari. Déjà à 15 ans, Gilles Villeneuve avait une attirance pour la mécanique et les moteurs. Peu après avoir rencontré la femme de sa vie, Joann, l'adepte de vitesse se lance dans les courses de motoneige où il deviendra rapidement le meilleur au monde. Puis, entre la Formule Ford et la Formule Atlantique dans les années 70, le coureur fait sa marque avec un style unique et téméraire. Il donnera tout ce qu'il a pour atteindre son but ultime et enfin accéder aux plus grandes pistes du monde en F1.
À l'image de l'ambitieux protagoniste du film, les artistes et artisans qui ont bossé sur ce projet étaient prêts à tout pour arriver à leurs fins, pour donner vie à ce long métrage ambitieux - le plus coûteux de l'histoire du cinéma québécois - et faire honneur au parcours atypique du légendaire Gilles Villeneuve. Le résultat est assez impressionnant et ne décevra personne. Les scénaristes Daniel Roby et Guillaume Lonergan nous racontent une histoire à hauteur d'homme, touchante et inspirante, qui ne peut que nous émouvoir. D'autant plus que cette vision de départ est appuyée par une réalisation vivifiante de Yan Lanouette Turgeon, des effets visuels bluffants orchestrés par Marc Côté, un montage haletant et une conception sonore immersive qui n'a rien à envier à celles de nos voisins du Sud.
La reconstitution d'époque est aussi fidèle que réussie, des costumes signés Sharon Scott aux maquillages et coiffures de Jennifer Dionne et Martin Lapointe, en passant par les bolides que l'on retrouve dans le film, de vraies voitures de course de l'époque, qui donnent une aura d'authenticité à ce projet. Plus encore, entre l'utilisation de véritables images d'archives et d'images de synthèse, on n'y voit que du feu, alors qu'on assiste à l'ascension de ce jeune homme ordinaire, poussée par une passion et un talent extraordinaires.
Dans nos écrans depuis sa tendre enfance, le comédien Rémi Goulet se voit enfin offrir un rôle à sa juste mesure avec Villeneuve, qu'il incarne avec un magnétisme évident. Il offre une interprétation incarnée, souvent émouvante, sans tomber dans la caricature. En ce sens, la production a choisi de ne pas reproduire le dialecte de l'époque, une décision judicieuse qui permettra à l'auditoire de se concentrer sur le propos et la qualité des interprétations. Rosalie Bonenfant brille dans la peau de Joann Villeneuve, à qui elle ressemble énormément, une femme investie dans la carrière de son mari, fougueuse et aimante.
Aux côtés de ce duo en tête d'affiche, on retrouve notamment Patrice Robitaille dans la peau d'un père autoritaire, mais néanmoins ébloui et fier des prouesses de fils, Anick Lemay en matriarche soucieuse et attentionnée, Luc Picard qui donne vie à Gaston Parent, commanditaire devenu le grand ami et agent de Gilles Villeneuve et Frank Crudele dans le rôle d'Enzo Ferrari. Tous contribuent à la réussite de ce retour en arrière nostalgique.
Au final, le film Villeneuve : L'Ascension d'une légende illustre brillamment, devant comme derrière la caméra, la puissance d'un rêve et les efforts nécessaires pour le réaliser. Dans les deux cas, le travail en valait la chandelle, car se déploie sous nos yeux un pan de notre histoire québécoise, avec l'un de ses plus mythiques représentants, un homme de la classe moyenne qui a gravi les échelons pour toucher le firmament de la course automobile. Impossible de ne pas avoir de frissons en constatant à quel point nous sommes capables de grandes choses quand on le veut!
