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Pauline Julien : Femme pays
Très bon
Très bon

On ressort de la salle bouleversé, et c'est loin d'être un simple biopic

Voix d’un Québec en pleine affirmation, amante passionnée, mère imparfaite et femme farouchement libre : Pauline Julien méritait mieux qu’un biopic conventionnel. Avec Femme pays, Anaïs Barbeau-Lavalette lui offre un portrait sensible et profondément humain, porté par une Suzanne Clément absolument saisissante.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Axia Films

Pauline Julien : chanteuse, militante, femme engagée, amoureuse de Gérald Godin, voix d’un Québec en pleine affirmation. Bien plus que l’interprète de La Manic, cette femme est à (re)découvrir, pour toutes les générations. Ce film est un bel et grand hommage, mais pas qu’à Pauline Julien. C’est un hommage à toutes les femmes libres, passionnées et engagées.

Avec Pauline Julien : Femme pays, Anaïs Barbeau-Lavalette choisit pourtant de ne pas raconter l’icône. Elle préfère chercher la femme derrière elle.

Dès les premières minutes, la cinéaste installe un paradoxe d’une grande force : Pauline Julien, femme de mots et de voix, apprend qu’elle perdra progressivement la parole. À partir de là, tout le film semble se construire dans un dialogue entre son destin intime et celui du Québec. Une femme lutte pour préserver ses mots pendant qu’un peuple lutte pour préserver sa langue. Le parallèle est bouleversant.

Anaïs Barbeau-Lavalette évite surtout le piège du biopic chronologique et poli. Son film avance davantage par fragments, par souvenirs, par sensations, mêlant archives et scènes marquantes. On reconnaît là sa sensibilité d’autrice, elle qui nous a donné le merveilleux roman La Femme qui fuit (2015), mais aussi Femme forêt (2022) et Femme Fleuve (2022) pour ne nommer que ceux-là. Anaïs Barbeau-Lavalette propose un film charnel et poétique et préfère (comme dans ses romans) les contradictions à l’explication.

Et des contradictions, Pauline Julien en porte à fleur de peau. L’une des dimensions les plus fortes du film est son rapport à la maternité. Ses enfants lui reprochent ses absences, ses engagements, cette vie qu’elle n’a jamais voulu stabiliser entièrement autour d’eux. Une question demeure encore à notre époque : pourquoi demande-t-on encore si souvent aux femmes de justifier ce qu’elles ont choisi d’être en dehors de leur rôle de mère?

Le film ne blanchit jamais Pauline. Il ne cherche pas davantage à la condamner. Il lui accorde quelque chose de plus précieux : le droit d’être imparfaite.

Il y a également une immense tendresse dans la représentation du couple formé par Pauline Julien et Gérald Godin. Suzanne Clément et Patrice Dubois sont d’ailleurs remarquables. Leur relation apparaît portée par deux passions inséparables : celle qu’ils éprouvent l’un pour l’autre et celle qu’ils partagent pour un pays. Ils s’aiment sans chercher à réduire l’autre, dans une relation libre, parfois douloureuse, mais traversée jusqu’au bout par l’admiration. C’est si beau!

Suzanne Clément est saisissante. Elle ne cherche jamais l’imitation. Elle est habitée par Pauline Julien. Sa fougue, sa sensualité, ses colères, ses vertiges et son désir farouche de liberté passent autant par le corps que par les mots.

Pauline Julien : Femme pays est un film politique, assurément. Féministe aussi. Mais il est surtout profondément humain. Un film sur ce que coûte la liberté, sur ce qu’on abandonne pour rester fidèle à soi-même et sur ce que signifie aimer quelqu’un sans l’empêcher de grandir.

On ressort de la salle avec l’impression non pas d’avoir simplement mieux connu une légende, mais d’avoir rencontré une femme d’exception. Et, peut-être surtout, une inspiration.