Hélas !
Je n'ai pas aimé le film Pauline Julien: Femme pays, mais pas du tout !
J'étais allé voir un film devant célébrer (c'est comme cela qu'il a été annoncé et vendu) Pauline Julien, louer la femme libre qu'elle fut et rappeler qu'elle a incarné, avec Gérald Godin, une certaine idée de ce qu'aurait pu être le Pays du Québec ... idée plutôt rabougrie, aujourd'hui.
Mais j'ai plutôt été confronté à une description bric-à-brac de la décrépitude de deux être que j'ai profondément aimés et un tant soit peu connus: Gérald Godin, alors que j'étais attaché politique de l'aile parlementaire du PQ à compter de 1977, et Pauline Julien, notamment, à travers cet homme avec lequel elle vivait, comme elle disait si souvent à l'époque, avec beaucoup de ferveur.
Tout au long du film j'ai ressenti, hélas ! la désagréable impression que les scénaristes/réalisatrice ont plutôt commis un acte manqué au sens le plus freudien du terme, soit celui de nous décrire - inconsciemment, à travers la décrépitude de ces deux êtres chéris - le symbole de la déliquescence du Québec depuis leur disparition.
Jamais dans le cours du film, je n'ai vraiment reconnu la fougue ingénue, l'enthousiasme débridé et la force tranquille de Pauline. Jamais, non plus, je n'ai retrouvé l'intelligence poétique, la démarche bienveillante et cette petite lumière brillante qui animait le fond de l'oeil de Gérald.
Suzanne Clément est une grande actrice, mais je ne crois pas qu'elle ait réussi à incarner convenablement la Pauline que j'ai connue ... la personnalité de la comédienne parasitant trop souvent celle de la chanteuse. Cependant, Suzanne Clément a une voix superbe, mais jamais celle-ci n'a su rendre justice à la fougue qui animait celle de Pauline et son corps tout entier.
J'ajouterais que la décision de la réalisatrice et des scénariste de construire le film avec un bric-à-brac d'événements anachroniques résulte sans doute davantage de contraintes financières que d'un choix assumé. L'absence de réelle trame dans ce film, les malheureuses tentatives d'imbrications d'événements aussi disparates qu'anachroniques tout au long de la réalisation et du montage du film laissent un goût amer à ceux qui ont bien connu l'époque et les personnes dont il est question dans ce film. Ainsi, pour exemple unique, il était assez bizarre d'observer dans ledit film que le porte-à-porte de Godin et Julien lors de la campagne électorale de 1976 précédait de 6 ans les événements d'octobre 1970...
Et que dire du traitement avorté dans le film de la relation, notamment, intellectuelle majeure qui fut celle de Pauline Julien et d'Anne Sylvestre qui est réduite à quelques minouches devant un paysage sublime (voir la chanson de Sylvestre: "dis-moi Pauline").
Notez également que la bande son du film charriait souvent, du moins dans la salle de cinéma haute gamme fans laquelle j'étais, des propos inaudibles.
En terminant, je dirais dommage ... mais aussi que le film célébrant Pauline (et Gérald) reste à être fait...
Meilleures salutations
N.B. Le film ne fait absolument pas allusion à un fait qui m'apparait super important, soit que le suicide de Pauline a eu lieu le lendemain du spectacle de Raymond Devos à laquelle elle avait assisté (j'étais également dans la salle). J'ai toujours été convaincu que Pauline avait décidé de précipiter son suicide parce que la magie du verbe de son grand ami Raymond lui avait, ce soir-là, fait prendre une conscience plus aigue que jamais de sa condition aphasique et de l'absurdité de poursuivre une vie qui n'avait plus de sens par rapport à celle qu'elle avait connue, vie qui qui la condamnait maintenant à vivre cachée, même sur la rue Mont-Royal, sur le Plateau...