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Affiche du film Tron : Ares
TRON : Ares
Bon
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Tron revient en pleine ère de l'IA, mais reste coincé dans les années 80

Trente ans après avoir ouvert une brèche entre l'humain et le numérique, Tron tente de reprendre le contrôle à l'ère de l’intelligence artificielle. Si Ares éblouit par son apparat et son énergie, il oublie en route ce qui faisait la force de la franchise : la réflexion derrière la lumière.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Disney

La franchise Tron est réactivée à une époque où les questions sur l'intelligence artificielle sont sur toutes les lèvres et accaparent le grand écran (cette année seulement, on a eu droit à Megan 2.0, Companion et le dernier épisode de Mission: Impossible). Si le résultat est spectaculaire à souhait, il demeure surtout clinquant, faisant pâle figure à côté de ses prédécesseurs.

Sorti en 1982, Tron était un film en avance sur son temps, plongeant un inventeur (Jeff Bridges) dans un univers incroyable. Une oeuvre visionnaire qui non seulement repoussait les limites des effets spéciaux, mais proposait une réflexion probante sur la technologie et l'informatique.

Ce n'est toutefois pas le cas de cette suite qui apparaît déjà datée. Conçu comme arme de guerre, le programme humanoïde Ares (Jared Leto, parfaitement dans son élément) finit par se rebeller de son créateur, cherchant un code de permanence afin de pouvoir vivre dans notre monde. Son aspiration à devenir humain n'est pas nouvelle et elle recycle tous les classiques du genre, qu'ils soient littéraires (Frankenstein, Pinocchio) ou cinématographiques (Blade Runner, Ghost in the Shell).

Outre ces propensions pseudophilosophiques, le scénario prévisible de Jesse Wigutow se perd entre le réel et le virtuel en tentant d'apporter profondeur et émotions à des enjeux limités. Car entre la mère de l'humanité Ève (Greta Lee, à mille lieues du formidable Past Lives) qui est toujours éprouvée par le décès de sa soeur et un vilain (Evan Peters, le Quicksilver des derniers X-Men) qui passe son temps à froncer les sourcils, les mortels ne possèdent aucune âme. Ils ressemblent à des logiciels qui font la morale (c'est la seule fonction de Gillian Anderson) ou s'échangent de l'information afin de faire avancer l'histoire.

Le souffle vital du projet provient plutôt des moyens et de l'ambition en place. Quand Ares se transforme en simple film d'action, le résultat est époustouflant. Poursuites et combats rivalisent d'intensité. La direction artistique laisse pantois, les effets visuels gorgés de néons rouges en feront halluciner plus d'un et la mise en scène de Joachim Ronning (à qui l'on doit des suites génériques comme Maleficent: Mistress of Evil et Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell No Tales, mais également le superbe Kon-Tiki) s'avère trépidante, respectant l'univers et l'esthétisme de la série tout en lorgnant du côté de The Matrix.

La musique apporte également un souffle indéniable à l'ensemble. Au lieu de collaborer sous leur propre nom, les compositeurs Trent Reznor et Atticus Ross (oscarisés pour Soul et The Social Network) se sont tournés pour une rare fois vers leur groupe Nine Inch Nails. Une formation qui enrobe l'effort d'un son unique, aussi sombre et entêtant que leurs mélodies. Il ne faut que quelques notes électroniques et industrielles pour que le récit décolle.

Mais tout cela n'était-il pas déjà le cas de Legacy, la précédente suite de Tron qui a pris l'affiche en 2010? Côté esthétisme, difficile de faire mieux que le réalisateur Joseph Kosinski et, malgré la qualité de la trame sonore en place, elle ne déclasse en rien de celle de Daft Punk. Plus amusant et excitant tout en étant moins lourd et prétentieux que son successeur, ce long métrage n'a malheureusement pas convaincu le public et les critiques. Il faudrait toutefois le réévaluer, car sa conclusion annonçait une suite dantesque qui aurait mis en vedette Cillian Murphy en grand méchant.

Au lieu d'évoluer vers l'avenir, cette troisième mouture de Tron regarde plutôt vers le passé. Ce qui l'intéresse n'est pas tant les combats à venir (comme celui de l'intelligence artificielle) que de se lover purement et simplement dans la nostalgie. Elle prend la forme des années 1980, à une époque où l'on pouvait dire comme son protagoniste « j'aime bien Mozart, mais je préfère Depeche Mode ». Ce n'est pas surprenant que le héros trouve la clé de son destin en revenant dans le terrier de son concepteur qui prend visuellement la forme d'antan. C'est presque un passage obligé pour une production contemporaine qui surfe sur le succès d'un film culte - ce fut le cas notamment des Star Wars, Indiana Jones et autres Ghostbusters - mais cela limite Ares à être autre chose qu'un simple divertissement enlevant alors qu'il aurait pu être beaucoup plus.