Le cinéma de genre se porte bien au Québec. Dans les dernières années, nous avons notamment eu l'hilarante fable de science-fiction Viking, le mordant Vampire humaniste cherche suicidaire consentant et le troublant Peau à peau. C'est au tour de Nervures d'afficher ses couleurs en flirtant avec l'horreur et le drame psychologique.
Isabelle (Romane Denis) n'a plus revu ses parents depuis son coming out. Lorsqu'elle retourne dans son village éloigné devenu fantôme à cause de la fermeture de la mine et de la scierie, elle trouve sa mère (Marie-Thérèse Fortin) confuse. Papa est mort et il a déjà été incinéré! Quelle chance qu'il y a un docteur à la retraite (Sylvain Marcel) pour s'occuper d'elle ! Mais plus la jeune femme pose des questions et étire son séjour, plus elle sent que quelque chose ne va pas...
Nervures ne tente pas tant de faire peur que de cultiver un climat de malaise. L'étrangeté mène le bal, apparaissant dans les dialogues et les actions de personnages. Ce qui débute comme une métaphore sur le vieillissement et le deuil prend une tournure beaucoup plus surprenante et même inquiétante. L'atmosphère du long métrage fantastique finit par générer une tension qui va à crescendo.
Rappelant le chef-d'oeuvre Les yeux sans visage (1960) de Georges Franju dans sa façon de jouer avec la science, le film sinistre à souhait s'aventure sur le terrain du body horror. Celui où le corps est altéré et même mutilé. S'il n'y a rien pour rivaliser avec The Substance ou les classiques de David Cronenberg, il faut tout de même mentionner la qualité des maquillages et des effets spéciaux.
Ces transformations physiques deviennent le symbole de la nature. Source de vie et de mort, elle est à la fois belle, dangereuse et, surtout, imprévisible. Ce conte écologique s'inscrit dans l'ère du temps - comme en fait foi la sortie récente du magnifique L'amie silencieuse d'Ildikó Enyedi - et il prend tout son sens lors de la finale poétique à souhait.
Le vert domine sans mal la riche palette de couleurs. La photographie soignée et la musique de belle tenue baigne l'ensemble d'une étonnante ambiance, à la fois enivrante et terrifiante. Ayant fait le saut du documentaire à la fiction avec le solide Crépuscule pour un tueur, Raymond St-Jean offre une mise en scène précise et efficace à défaut d'être personnalisée.
Le scénario qu'il a rédigé avec Martin Girard (Angle mort, Nitro Rush) n'est toutefois pas sans faille. Des ellipses sont là afin d'expliquer tous les tenants et aboutissants au lieu de laisser le mystère triompher. Le manque d'émotion se fait également ressentir malgré une mélancolie latente, alors que les dialogues se veulent parfois trop soulignés. C'est notamment le cas lorsque les aspects plus sociaux sont abordés.
Cette lourdeur dans l'écriture ankylose les personnages secondaires, qui n'ont souvent que le minimum requis pour se faire valoir. Ce n'est heureusement pas le cas de la toujours excellente Marie-Thérèse Fortin que l'on aimerait voir davantage au grand écran. Depuis Les jours heureux, il est difficile de faire confiance à Sylvain Marcel et l'acteur offre une nouvelle composition à glacer le sang. Ce duo finit par vampiriser Romane Denis (Slaxx) qui ne possède pas toujours la latitude requise afin d'élever son jeu.
S'inscrivant dans la vague d'histoires qui mélangent horreur et écologie (où l'on retrouve pêle-mêle L'heure de la sortie, In the Earth, Little Joe et autres High Life), Nervures est une proposition ambitieuse qui ne manque pas d'idées brillantes même si elles ne sont pas toujours matérialisées correctement à l'écran. Si le film ne marquera probablement pas le genre au fer blanc (Les affamés est un cas unique), il permet d'explorer et de déchiffrer une voie encore trop peu fréquentée dans le cinéma québécois. En espérant que d'autres productions l'imitent.
