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Supergirl
Pauvre
Pauvre

Une héroïne convaincante dans un univers dérangeant

Un film audacieux et techniquement réussi, mais avec une trame narrative qui laisse un goût amer.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français  © Warner Bros. Canada

Réalisé par Craig Gillespie à partir d’un scénario d’Ana Nogueira, Supergirl revisite la célèbre cousine de Superman sous un angle plus rebelle et désabusé. Kara Zor-El (Milly Alcock), âgée de 23 ans, préfère voyager de planète en planète pour faire la fête plutôt que d’endosser le rôle de superhéroïne. Sa quête personnelle pour retrouver son chien la mène toutefois sur la route de Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley), une jeune fille déterminée à venger sa famille assassinée par le cruel Krem des Collines d’Ocre (Matthias Schoenaerts).

Le principal atout du film repose sur sa distribution. Milly Alcock est excellente dans le rôle-titre et apporte une fougue contagieuse à cette version plus rock’n’roll de Supergirl. Son interprétation réussit à rendre attachant un personnage souvent désinvolte, impulsif et profondément imparfait. Les nombreuses scènes d’action sont également impressionnantes, dynamiques et particulièrement bien exécutées. Les décors, costumes et effets physiques contribuent à donner de la texture à l’univers.

Là où Supergirl devient moins intéressant, c’est dans la manière dont son univers est construit. Malgré la diversité des créatures rencontrées au cours du voyage, les sociétés extraterrestres semblent reproduire presque exactement les mêmes comportements et faiblesses que les humains. D’une planète à l’autre, on retrouve les mêmes dynamiques de violence, de criminalité, d’abus et d’autodestruction. Cette uniformité soulève une question : pourquoi créer autant de civilisations différentes pour finalement leur attribuer les mêmes caractéristiques?

Plus dérangeant encore, le film revient sans cesse à une trame narrative marquée par le proxénétisme et l'exploitation des jeunes filles, au point où cette dynamique finit par définir l'ensemble de l'aventure. L'intrigue ramène constamment le spectateur vers des situations où des femmes et des adolescentes sont menacées, vendues ou victimes de violences masculines. Bien que Supergirl se retrouve à les défendre, ce choix narratif finit par devenir envahissant et nous replonge sans cesse dans les mêmes représentations de domination et de souffrance des femmes.

Bref, Supergirl impressionne par son interprète principale, son action spectaculaire et son énergie punk assumée. Voir une héroïne imparfaite, rebelle et parfois désordonnée peut être rafraîchissant. Cependant, le récit associe souvent cette rébellion à l’intoxication, ce qui affaiblit quelque peu son message. Il existe pourtant de nombreuses façons de représenter l'anticonformisme sans nécessairement lier l'émancipation à des comportements destructeurs. Son univers cynique et son regard parfois complaisant sur la noirceur humaine risquent d’en rebuter plusieurs.