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Affiche du film L'héritier des secrets
L'héritier des secrets
Bon
Bon

Une coproduction québécoise éclairante sur la famille et l'identité

Si vous avez aimé François.e, vous raffolerez de L'héritier des secrets, une coproduction québécoise éclairante sur l'identité et les racines familiales.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français

Le cinéma sert à ouvrir des portes. Il élargit nos horizons afin de mieux comprendre des gens, de saisir leurs joies et leurs peines. Si le film François.e a permis à un large public de s'initier avec humour et sensibilité au thème de la transidentité, la coproduction québécoise L'héritier des secrets palpe plus en profondeur cette réalité complexe.

Farid (Younes Bouab) a tout pour être heureux. Brillant chirurgien marocain, il est marié à la somptueuse Sofia (Nadia Kounda). Sauf que son existence est vide et son rêve de paternité est sans cesse remis aux calendes grecques. En plein questionnement, il décide de s'isoler pour mieux se ressourcer. La meilleure façon de penser/panser l'avenir est de se replonger dans le passé. Plus particulièrement dans celui de son père (Mehdi Bahmad), qui a abandonné sa famille alors que Farid n'avait que quatre ans. La découverte de lettres et journaux lève le voile sur son destin, sa fuite au Québec et son désir de devenir une femme...

Cette adaptation du roman en langue arabe Désir émancipé de l'auteure marocaine Fatiha Morchild ne manque pas de densité dramatique. Le thème de l'identité est à l'honneur, tout comme celui de l'exil, de la liberté, du déterminisme, du deuil et de la filiation. La dualité s'opère entre ce fils qui est incapable de transmettre et ce père qui disparaît pour survivre. Des contrastes qui finissent par s'appliquer aux lieux où résident les personnages. Casablanca est ainsi présenté comme une ville fermée cultivant les apparences, tandis que Montréal apparaît plus progressiste et accueillante. Le regard posé peut sembler simpliste, avec son lot de séquences clichées ou redondantes, mais il demeure éclairant.

Le long métrage n'hésite pas à user d'ellipses afin de remonter le temps, de circuler entre hier et aujourd'hui. Il le fait toutefois à l'aide de fondus au noir académiques. La mise en scène de Mohamed Nadif (Les femmes du Pavillon J, Andalousie, mon amour!) est sage et sobre, beaucoup trop. Il ne faut pas s'attendre à la flamboyance de Xavier Dolan sur Laurence Anyways. Elle se veut également trop respectueuse de son matériel source. Le ton verbeux et explicatif finit par devenir appuyé et démonstratif, à l'instar de ces dialogues moralisateurs du type «Deviens qui tu es, mon fils». L'ensemble n'est pourtant jamais aussi fort que lorsqu'il se passe de mots, quand l'émotion à fleur de peau est véhiculée à l'aide de la musique (magnifique, autant les classiques d'Haendel que les compositions originales) et des images (la solitude du héros errant est symbolisée par ces immenses espaces vides).

Si le récit déçoit quelque peu sur le plan cinématographique, il ravit par sa distribution. Le casting est impeccable et surtout crédible. Contrairement à la majorité des coproductions québécoises où quelques acteurs trop identifiables viennent se greffer artificiellement à des comédiens qui ont la tête de l'emploi (On sera heureux de Léa Pool est un exemple récent), l'homogénéité est ici palpable et admirable. Younes Bouab (que l'on a pu voir aux côtés de Nicole Kidman et Robert Pattinson dans Queen of Desert de Werner Herzog) impose une présence indéniable qui n'est pas sans rappeler celle de Vincent Cassel. Mounia Zahza (Fabuleuses) laisse également une forte impression dans le rôle d'une confidente blessée qui échappe aux stéréotypes d'usage.

La découverte d'une mémoire familiale permet une remise en question et ultimement une renaissance. C'est cette évolution qui est belle à voir dans L'héritier des secrets même si elle s'avère un peu trop soudaine. Le film sincère et de bonne tenue va plus loin que François.e dans sa façon d'explorer la transidentité et il ouvre la voie à des oeuvres encore plus maîtrisées - comme Le mystérieux regard du flamand rose de Diego Céspedes - qui méritent absolument d'être découvertes. Comme quoi qu'en plus d'ouvrir des portes, le cinéma agit comme un escalier, propulsant les cinéphiles intéressés toujours plus haut.