Le film culte The Evil Dead fête son 45e anniversaire. Pour l'occasion, le sixième long métrage de la série prend l'affiche dans les salles qui se remettent à peine des triomphes d'Obsession et de Backrooms. Si la franchise a été relancée avec succès en 2023 grâce au surprenant Evil Dead Rise, l'affreux, sale et méchant Evil Dead Burn risque d'en déstabiliser plus d'un.
À la mort de son mari, Alice (Souheila Yacoub) se recueille dans la maison reculée de sa belle-famille. Une occasion de panser ses plaies... et d'ouvrir de vieilles blessures. Lorsque les membres du clan perdent peu à peu la tête, la veuve devra faire preuve de courage et de créativité si elle veut s'en sortir vivante.
La trame narrative de cet épisode autonome souffre de problèmes d'écriture qui ont tôt fait d'affecter son ADN. Comme la plupart des projets horrifiques contemporains, il y a un désir de parler des souffrances quotidiennes. Il est ici question de masculinité toxique, de violence conjugale et de cette graine du mal que l'on peut transmettre de génération en génération. Ces démons qui apparaissent soudainement ne sont donc pas à prendre uniquement au premier degré.
Tout cela est évidemment bien trop sérieux pour un Evil Dead. On est surtout loin de la métaphore du sevrage du mal-aimé remake de 2013 qui fonctionnait haut la main. Les personnages irritants ressemblent à des pantins désarticulés qui attendent leur tour avant d'exploser. Bonne chance pour livrer l'émotion lors des moments plus chargés. La seule exception est Souheila Yacoub (Climax) qui transforme la résilience en résistance grâce à son jeu physique.
Le film a tôt fait d'embrasser l'outrance et le grotesque. Encore là, il le fait de façon mécanique, sans que cela soit réellement senti. Le charme de la trilogie originale concoctée par Sam Raimi résidait justement dans cette façon de créer un véritable opéra de l'horreur qui faisait beaucoup avec un budget dérisoire. Son originalité, sa poésie et son souffle épique demeurent absents. Même l'humour noir manque de tonus, malgré les tentatives désespérées de grand-mère.
Le projet ne mise pas tant sur les sursauts gratuits afin de faire peur (à ce chapitre, il n'est jamais effrayant) que de pousser à son paroxysme l'hémoglobine, les morts violentes et les séances de démembrements qui font détourner le regard. Le film n'est pas classé 16 ans et plus pour rien, tant sa brutalité et sa sauvagerie transcendent l'écran. Le tout est gore et dégoûtant à souhait, bien qu'on sente sans cesse ce désir transgressif de choquer. Quelques affrontements méritent le détour, comme ce combat qui défie la gravité et cette poursuite en plan séquence. L'ensemble se veut toutefois bourrin et répétitif, surtout qu'il s'agit de l'épisode le plus long de la série.
Découvert par l'entremise du très efficace Vermines (un improbable - et incroyable - croisement entre Arachnophobia et La haine), le Français Sébastien Vaniček semble avoir un peu les mains liées avec ce premier projet américain. Sa mise en scène excessive verse dans l'esbroufe et son écriture avec son fidèle complice Florent Bernard demeure en surface. Il trouve néanmoins le moyen d'insérer plusieurs chansons francophones dont les utilisations ironiques font sourire.
Tous les épisodes d'Evil Dead s'avéraient plus que recommandables avant la sortie d'Evil Dead Burn. Non seulement il s'agit du tome le plus oubliable du lot, mais le résultat n'a presque rien à voir avec le reste de la franchise. Oui, on y retrouve des gens possédés (les fameux «deadites»), beaucoup de sang versé, le livre des morts et quelques clins d'oeil appuyés. Ces éléments sont toutefois secondaires au récit. Malgré tous ses défauts, le récent Lee Cronin's The Mummy ressemblait plus à Evil Dead que cette énième itération. C'est à souhaiter que la conclusion de cette nouvelle trilogie, Evil Dead Wrath, qui doit prendre l'affiche en 2028 et qui est un antépisode au tout premier film de 1981, soit à la hauteur. Son cinéaste Francis Galluppi n'a encore jamais déçu (il est l'auteur de The Last Stop in Yuma County, un savoureux néonoir dans la lignée de ceux de Quentin Tarantino et des frères Coen). Espérons qu'il puisse trouver ses repères dans un projet plus conséquent et attendu.
