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Jackass : le meilleur pour la fin
Excellent
Excellent

Les rois de la cascade vieillissent et ça donne un adieu étonnamment touchant

Un opus hilarant et profondément mélancolique vient conclure une série télévisuelle et cinématographique qui a redéfini la comédie à travers des cascades dangereuses et un penchant pour le mauvais goût.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Paramount Pictures

Lorsque le réalisateur Jeff Tremaine demande aux membres de l’équipe Jackass ce qu’ils ont pensé des images d’archives qu’il a retrouvé et restauré pour Jackass : le meilleur pour la fin, Preston Lacy n’a qu’une chose à dire : « Je suis vieux et Ryan Dunn me manque. » Ce moment très émouvant résume parfaitement un film qui est beaucoup plus mélancolique qu’on le croit, car la franchise Jackass, de la télévision au cinéma, a toujours été associée aux cascades dangereuses et au penchant pour le mauvais goût, à travers son humour souvent intense et inapproprié.

Pour la première fois à l’écran depuis leurs débuts à MTV en 2000, les membres restants de la distribution originale — Johnny Knoxville, Steve-O, Chris Pontius, Dave England, Ehren McGhehey, Jason « Wee Man » Acuña et Preston Lacy — réalisent qu’ils ne peuvent plus faire les mêmes dégringolades que celles qu’on retrouvait de l’émission originale dans le film Jackass Forever en 2022. C’est pour cela qu’une bonne partie de cet ultime opus permet aux fans de revisiter les plus grands sketchs de la série télévisée, et des films précédents, à travers une compilation du « meilleur » de ce que cette franchise a pu offrir pendant les vingt-six dernières années.

Cette proposition peut paraître ennuyeuse ou redondante pour les gens ayant déjà vu ces sketchs à maintes reprises, puisque Tremaine n’offre rien de nouveau en recyclant des extraits qui sont disponibles librement sur internet. Toutefois, il ne s’agit pas d’une simple compilation, mais plutôt d’une célébration d’un moment charnière dans la culture populaire, où Jackass était à l’avant-garde de la contre-culture à la télévision. Tremaine s’inspire principalement de la structure de la trilogie That’s Entertainment ! pour offrir un hommage puissant à une ère qui s’éteint et même une réflexion étrangement profonde sur le vieillissement de ses stars principales.

Cela est accompli en mélangeant les archives avec des entretiens qu’il a tournés il y a quelques mois, alors que les vedettes principales se reflètent sur leur âge actuel en la contrastant avec l’époque où la série était à son plus grand succès. On se remémore des stupidités les plus hilarantes de la franchise, certes, mais Tremaine ne s’arrête pas là. En fouillant dans ses propres archives, il révèle également des segments qui n’ont jamais vu le jour au public, car les dirigeants de MTV avaient interdit leur diffusion à l’époque. L’un d’entre eux montre Knoxville avant Jackass, se filmant en train de faire quelque chose qui ne sera pas révélé dans cette critique. Il faut le voir pour le croire, car, avec l’aide de Tremaine et Spike Jonze, ce moment a changé pour de bon le paysage de la comédie et l’a emmené vers des territoires plus corsés et inventifs.

Beaucoup de nouveaux sketchs ont également été filmés pour ce dernier tour de piste, en mettant l’accent sur les parties les plus intimes de ses stars vieillissantes. On retrouve, entre autres, un examen de la prostate réalisé par un robot, un saut en longueur effectué entièrement nu, un tour de magie avec une balle de ping-pong inséré dans le derrière, et une partie de « Twister » jouée après avoir bu une solution laxative qui est utilisée avant une coloscopie. Ce dernier segment, en particulier, a provoqué le plus grand fou rire du public, qui ne revenait pas des tournures assez dégoûtantes de ce jeu. À travers cette scène, Tremaine montre également que les cameramans Lance Bangs et Rick Kosick n’ont pas vraiment l’estomac solide à filmer cette cacophonie d’excréments et de vomi qui a pleinement mérité son classement « 16 ans et + » au Québec.

On aurait cependant aimé voir davantage les nouveaux ajouts de la distribution, notamment Rachel Wolfson et Compston « Dark Shark » Wilson, qui fut les meilleures parties respectives de Jackass Forever et Jackass 4.5. Tremaine passe plutôt beaucoup de temps à travers les archives pour souligner les contributions de Bam Margera et du regretté Ryan Dunn, en montrant à quel point leur amitié était une part intégrante du succès de la franchise, au détriment des membres plus récents de Jackass introduits dans le dernier film. Cela dit, il est impossible de ne pas sortir de Jackass : le meilleur pour la fin sans avoir le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, soit en ayant trop ri, ou en étant triste que nous n’allions plus voir ces géants du burlesque extrême à l’écran. Mise en garde : ce sera probablement un mélange des deux.