Il aura fallu attendre trente-neuf ans pour voir de nouveau Musclor à l’écran après l'échec de la première adaptation du monde des Maîtres de l’Univers en 1987, mettant alors en vedette Dolph Lundgren. Ce film est maintenant devenu culte, mais est-ce que l’une des franchises les plus populaires des années 80 détient toujours la force toute-puissante dans notre culture en 2026? C’est ce que Amazon MGM Studios espère en relançant Les Maîtres de l’Univers, dans l’espoir qu’elle soit l’une de leurs franchises-phares au cinéma.
Travis Knight réalise ce reboot, dans sa deuxième œuvre en prises de vues réelles, après Bumblebee en 2018. Avec le directeur photo Fabian Wagner, Knight ne craint pas de mettre de l’avant des compositions de plans baroques dans ce film fantastique de 141 minutes. Certaines séquences rappellent le film Excalibur de John Boorman ou même Speed Racer des sœurs Wachowski, surtout dans les scènes d’action à grand déploiement qui montrent la puissance surhumaine de Musclor (Nicholas Galitzine). Cela dit, le public va probablement penser surtout à Thor : Ragnarok comme inspiration principale, et il n'aura pas tort!
L’aspect le plus intéressant du film est la trajectoire du protagoniste connu au début sous le nom d’Adam Glenn, vivant sur Terre depuis que le seigneur Skeletor (Jared Leto) a pris le contrôle du royaume d’Eternia. Adam vit une réelle progression émotionnelle, surtout lorsqu’il retrouve l’Épée du Pouvoir. Cette épée lui donne le pouvoir de Grayskull, une force surhumaine lui permettant de vaincre tous ses ennemis, mais Adam apprendra que ce pouvoir vient plutôt de lui.
À travers cette quête archétypale, Galitzine est excellent et représente les facettes plus complexes de son personnage avec brio. Lorsqu’il interprète l’humain derrière Musclor, nous voyons ses faiblesses et ressentons avec lui sa douleur, alors que sa transformation émotionnelle qu'il vit au cours du film est frappante. Musclor utilise cette douleur pour vaincre ses ennemis, et c’est un pur plaisir de voir le personnage en action lorsque la personnalité d’Adam fusionne avec Musclor.
La même chose peut être dite pour Jared Leto, livrant la meilleure performance de sa carrière en un Skeletor théâtral qui capture sa vaste gamme d’expressions faciales caricaturales, dans la même veine du dessin animé qui a fait de ce méchant une icône de la culture populaire. Dans chaque scène, Leto s'impose en incarnant son antagoniste avec un réalisme glaçant, surtout lorsqu'il brouille les frontières de la réalité pour exploiter les faiblesses d'Adam.
Malheureusement, outre ces performances et des scènes d’actions visuellement stimulantes, le film a beaucoup de difficulté à justifier sa longue durée, surtout en ne développant aucunement ses personnages secondaires. Des figures comme Evil-Lyn (Alison Brie), Fisto (Jóhannes Haukur Jóhannesson) et Roboto (Kristen Wiig), apportent une touche plus humoristique, mais elles ne sont jamais explorées en profondeur. Il y a beaucoup trop de blagues qui ne fonctionnent pas, basées sur des références très précises, non seulement du dessin animé, mais aussi de vieux mèmes qui ont été créés lors des débuts de YouTube. On dirait que Knight et ses scénaristes ne sont pas capables d’arrêter l’humour pour quelques secondes afin de donner un peu plus de texture à des personnages tels que Teela (Camila Mendes), qui est essentiellement un intérêt romantique pour Adam, mais sans plus.
Cela dit, lorsque Knight met en scène une confrontation exaltante en utilisant des ralentis à la Guy Ritchie dans King Arthur: Legend of the Sword, il est difficile de ne pas avoir un sourire plaqué au visage en voyant Musclor au sommet de son pouvoir, même si le chemin parcouru pour arriver à ce grand moment est assez inégal.
