2025 fut une année faste pour Stephen King au cinéma. Son style s'est fait ressentir sur des films importants comme Weapons et Eddington, tandis que ses créations The Life of Chuck et The Monkey ont été adaptées avec succès au grand écran. C'est au tour de The Long Walk d'être transposé en long métrage.
The Long Walk est le premier livre que Stephen King a écrit. Rédigé à la fin des années 1960 mais publié seulement en 1979 sous un pseudonyme, le roman s'articule autour d'une marche meurtrière où prennent part des adolescents. Dans ce sombre récit d'apprentissage qui a bouleversé de nombreux lecteurs (plusieurs fans de l'auteur le considèrent parmi ses meilleurs ouvrages), les héros sont initiés à la vie, à la mort, à l'amitié et aux rivalités, tout en découvrant le monde souvent horrible des adultes et des règles parfois absurdes qui régissent la société. Pas surprenant que de nombreuses personnes y ont vu une métaphore de la Guerre du Vietnam.
Le film n'a aucune difficulté à intégrer ces éléments qui demeurent cruellement d'actualité. Si l'action se déroule dans une société dystopique totalitaire, il est impossible de ne pas déceler l'Amérique de Trump. Les personnages traversent des lieux austères et désolés (les panoramiques sont superbes) ravagés par les inégalités et les crises économiques. De cette errance morbide - un seul individu en ressortira gagnant et verra son souhait exaucer - se trouve une quête d'humanité qui est généralement bien rendue par le scénario de JT Mollner (à qui l'on doit le surprenant Strange Darling) qui aurait toutefois mérité d'être moins simpliste et superficiel. En temps de crise, les marcheurs pourront compter chacun pour soi ou épouser les principes des Trois Mousquetaires en formant un groupe uni. Si l'objectif est d'en faire des «hommes» sur cette route où les retardataires seront exécutés, la survie n'en deviendra que plus difficile.
Personne ne sera surpris de retrouver Francis Lawrence à la réalisation, lui qui a adapté au cinéma les romans The Hunger Games qui possède de nombreux éléments en commun avec The Long Walk. Mais comment maintenir l'intérêt jusqu'à la fin avec ce huis clos en plein air? Après une entrée en matière réussie qui pique rapidement la curiosité, la production délaisse le suspense pour prendre la forme d'une méditation, alternant entre de longues séances de dialogues et des morts aussi rapides que violentes. L'ensemble répétitif finit toutefois par s'épuiser avant la fin, à l'image des pauvres participants. Le rythme chancelant, l'inclusion d'ellipses qui détournent l'attention, la musique insistante et les morales collantes sont autant d'éléments qui amenuisent l'impact du sujet. La conclusion ironique qui n'est pas sans rappeler celle de Blow Out de Brian De Palma rachète en partie ces quelques faux pas.
La présence de Francis Lawrence ne s'explique pas tant par son style (appliqué mais anonyme) que dans sa façon de diriger de jeunes comédiens peu connus comme il l'avait fait à l'époque de The Hunger Games. Le cinéaste compte cette fois sur d'excellents acteurs, comme Cooper Hoffman (Licorice Pizza), David Jonsson (Alien: Romulus), Tut Nyuot (Small Axe), Charlie Plummer (Lean on Pete), Garrett Wareing (Boychoir), Joshua Odjick (Wildhood), Ben Wang (Karate Kid: Legends) et Roman Griffin Davis (Jojo Rabbit). Dommage que, mis à part le fils du regretté Philip Seymour Hoffman, dont le personnage est confronté à l'héritage de son père (tiens, tiens...), les autres interprètes doivent habiter des rôles qui relèvent de l'archétype. En méchant Major monolithique qui semble sortir tout droit de Full Metal Jacket, Mark Hamill s'amuse comme un petit fou.
Difficile de ne pas être interpellé par The Long Walk qui parle des dérives de notre époque et qui pourrait marquer au fer blanc un public adolescent. Si le résultat prêche parfois par excès de sentimentalisme, il s'agit d'une solide adaptation du roman de Stephen King, dont on voyait déjà tous les balbutiements de Stand by Me et The Shawshank Redemption. À une époque pas si lointaine où la grande majorité de ses transpositions cinématographiques s'avéraient des échecs incommensurables, 2025 rappelle qu'il est toujours possible d'en tirer des résultats concluants. Le prochain test se tiendra en novembre avec la sortie d'une nouvelle version de The Running Man qui sera signée par Edgar Wright.
