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Affiche du film Téléphone noir 2
Téléphone noir 2
Bon
Bon

La suite qu'on n'attendait pas... et qui surprend vraiment

Les fans de l'original seront sans doute surpris de la tournure des événements, quelques-uns tomberont des nues devant les détours capricieux empruntés par le film tandis que d'autres, au contraire, seront ravis par ce désir d'arpenter un chemin complètement différent qui permet de ne pas se répéter.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français 2

De toutes les suites à voir le jour, celle de The Black Phone (2022) est une des plus improbables. Comment poursuivre l'aventure alors que le grand méchant, campé magistralement par Ethan Hawke, est mort à la fin? Ce second tome réussit l'exploit d'aller complètement ailleurs sans jamais étirer la sauce.

The Black Phone était un suspense prenant, un récit classique, mais efficace sur un voleur et assassin d'adolescents que l'on pouvait rattacher sans difficulté à l'univers de Stephen King. Le long métrage était d'ailleurs basé sur le livre de Joe Hill, le fils du créateur de It dont il partageait plusieurs choses en commun. À sa sortie en 2022, le film a remporté beaucoup de succès. Ce n'est pas surprenant de voir rappliquer toute l'équipe gagnante - acteurs, réalisateur, scénaristes, on a même droit à un autre classique de Pink Floyd - pour un résultat probant qui ose se détourner d'une formule gagnante afin d'essayer autre chose. Une prise de risque qui a coûté cher à Megan 2.0. Qu'en sera-t-il de Black Phone 2?

L'action se déroule quatre années après les événements du premier volet. On y retrouve le survivant Finney (Mason Thames) qui entend toujours de mystérieux coups de téléphone et sa jeune soeur Gwen (Madeleine McGraw) qui se laisse guider par ses rêves énigmatiques. Sa plus récente vision les amène à visiter un camp chrétien dirigé par Armando (Demian Bichir) où aurait déjà séjourné leur mère. Le pouvoir de The Grabber (Ethan Hawke) est encore fort là-bas et il faudra se (re)plonger dans le passé pour l'arrêter.

Si les péripéties se déploient principalement dans un lieu désert coupé de la civilisation par une tempête de neige et que des fantômes ne tardent pas à faire ressentir leur présence (bonjour Shining), le récit marche surtout dans les plates-bandes de A Nightmare On Elm Street et principalement celles du troisième épisode Dream Warriors. The Grabber poursuit inlassablement Gwen pendant son sommeil, revisitant même les lieux où se déroulait le premier film.

Cela donne les séquences les plus intéressantes de la production, les plus originales et haletantes. La structure narrative mélange le passé, le présent, le futur et les rêves afin de former un cauchemar surréaliste quasi expérimental. Pendant cette phase, l'impensable peut se produire et le cinéaste Scott Derrickson l'exploite de la même façon que sur un de ses précédents longs métrages Sinister, empruntant un format Super 8 qui donne beaucoup de grain et des couleurs uniques à ses images. L'idéal afin de camper l'ambiance la plus stressante et l'atmosphère la plus suffocante possible. Car Black Phone 2 est sans doute plus inquiétant qu'horrifique, son rythme ankylosé pouvant se retourner contre lui.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul élément qui laisse à désirer. Les dialogues apparaissent souvent explicatifs et appuyés, surtout dans la deuxième partie. Des personnages secondaires inutiles ne semblent exister que pour apporter de l'humour et d'autres, comme Demian Bichir, sont là pour faire la morale. Si les métaphores en place s'avèrent claires, comme l'eau de roche (il faut affronter et faire la paix avec le passé afin de bien panser ses traumas présents), les références au christianisme manquent de subtilité. Tout comme cette finale sentimentale qui ferait n'importe quoi pour soutirer quelques larmes.

On ne pourra en tenir rigueur aux comédiens qui se surpassent. C'est le cas de Mason Thames, que l'on a vu récemment dans l'adaptation How to Train Your Dragon, mais surtout de Madeleine McGraw qui porte le film sur ses épaules. L'actrice allie une intériorité de chaque instant à un jeu physique impressionnant. Bien que Ethan Hawke donne toujours la chair de poule, son personnage n'a pas du tout la même consistance que sur le précédent effort et on finit par s'ennuyer de sa présence diabolique: l'une des plus mémorables à avoir hanté le cinéma d'horreur des dernières années.

Black Phone 2 sera la sortie tout indiquée pour l'Halloween. Une oeuvre sombre à souhait, terrifiante et mélancolique à la fois, qui se permet d'explorer de nouveaux territoires afin d'ériger une mythologie à la franchise. Les fans de l'original seront sans doute surpris de la tournure des événements, quelques-uns tomberont des nues devant les détours capricieux empruntés par le film tandis que d'autres, au contraire, seront ravis par ce désir d'arpenter un chemin complètement différent qui permet de ne pas se répéter. Dans tous les cas, il faudra beaucoup d'imagination si l'on veut développer une troisième installation.