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Le passager
Acceptable
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Un road trip bancal parsemé de moments effroyables

André Øvredal signe une série B sauvée par quatre morceaux d'anthologie, mais plombée par un scénario décousu et une conclusion ratée.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Paramount Pictures

Mai 2026 aura été un mois mémorable pour les amateurs de films d'horreur, qui ont pu découvrir le terrifiant Hokum avant de recevoir en pleine face la grande claque d'Obsession. En attendant la sortie du très alléchant Backrooms la semaine prochaine, place à Passenger qui promettait avec son efficace bande-annonce.

Tyler (Jacob Scipio) et son amoureuse Maddie (Lou Llobell) quittent tout pour vivre leur rêve: sillonner les routes des États-Unis en toute liberté en dormant dans leur van. Mais lorsqu'ils sont témoins d'un terrible accident automobile, plus rien ne sera comme avant. Une présence démoniaque et fantomatique appelée le Passager semble les épier et les hanter, s'en prenant même physiquement à Maddie.

Passenger repose sur une prémisse mince et prévisible. Il s'agit d'abord d'une méditation sur les espoirs d'une vie nouvelle d'un couple devenu nomade qui finit par se transformer en cauchemar. Dès qu'un doute opère sur leur avenir, il prend la forme d'une figure hostile prête à les supprimer. Malgré la chimie indéniable entre Jacob Scipio (vu dans les deux derniers Bad Boys) et l'excellente Lou Llobell (de la série Foundation), leurs personnages esquissés sommairement n'existent jamais réellement. C'est encore plus fâcheux du côté de la grande actrice oscarisée Melissa Leo (The Fighter) qui n'a que deux scènes à se mettre sous la dent.

Le scénario de Zachary Donohue et T.W. Burgess prend soin de ne pas trop embrasser les conventions du genre: celles érigées par The Hitcher et Jeepers Creepers, jusqu'au classique Duel de Steven Spielberg. Si les clins d'oeil persistent, ils sont limités, notamment à Jaws. Le duo ne propose toutefois rien de très stimulant en retour. Le folklore développé - sous fond de signes utilisés par des vagabonds et de la figure de François d'Assisse, le saint patron des voyageurs - demeure vague et accessoire... avant d'exploser lors d'une conclusion biblique et surnaturelle particulièrement ratée.

Le long métrage serait une simple série B anonyme sans l'apport de son réalisateur André Øvredal. Passenger reflète d'ailleurs parfaitement le parcours du cinéaste norvégien, qui est capable du meilleur (Trollhunter, The Autopsy of Jane Doe), du passable (Scary Stories to Tell in the Dark) et du pire (Mortal, The Last Voyage of the Demeter). On y retrouve à nouveau de nombreux et irritants sursauts gratuits. Mais également un réel talent à produire de la tension, à créer une atmosphère lourde à glacer le sang.

Sa mise en scène d'un grand pouvoir d'évocation transforme quatre moments de terreur en morceaux d'anthologie. C'est le cas de l'introduction où un personnage se cache dans sa voiture. La caméra tourne lentement à 360 degrés - à la It Follows - afin de révéler géographiquement l'espace. Celui que l'on voit et le hors champ évidemment bien plus inquiétant. Une séquence similaire survient vers la fin. L'héroïne qui cherche son amoureux tend à disparaître dans le noir. Le procédé devient de plus en plus abstrait et le Mal finira par en profiter.

Plus impressionnante encore est cette scène insoutenable où Maddie n'arrive pas à rejoindre son véhicule stationné qui semble sans cesse s'éloigner d'elle. En utilisant le plan séquence en mouvement, le cinéaste se permet de jouer avec le temps, de le dilater à sa convenance, afin de retarder les frissons et ainsi manipuler le spectateur.

La cerise sur le gâteau survient lors d'une séance de cinéma improvisée en plein air. Le couple regarde Wait Until Dark, un suspense claustrophobique marquant où brillait Audrey Hepburn en victime non voyante. Par un concours de circonstances, les images de ce film sont superposées à celles de la menace fantôme du Passager. Cela permet non seulement de créer un climat oppressant, mais d'éclairer une thématique en place: celle d'enfin percevoir et de figurer le danger qui rôde.

Ces moments de grâce rendent Passenger beaucoup plus digeste, même si l'ensemble décousu et déjà vu laisse souvent à désirer. À quand un scénario digne de ce nom pour André Øvredal? Cela pourrait lui permettre d'atteindre enfin le statut de maître de l'horreur.