Bien honnĂȘtement, je ne comprends pas comment un film avec aussi peu de contenu peut encore voir le jour Ă Hollywood, surtout quand on sait qu'il est soutenu par un distributeur aussi puissant que Warner Bros. Pictures. Run All Night est aussi vide que possible. Son histoire alambiquĂ©e donne des maux de tĂȘte, et les liens complexes entre les diffĂ©rents personnages n'aident en rien aux migraines. On y retrouve tous les clichĂ©s du vieux tueur Ă gages repentant; la solitude, l'alcoolisme, les anciennes mauvaises frĂ©quentations, le fils qui l'a reniĂ©, les nombreuses habiletĂ©s physiques et les connaissances accrues en matiĂšre de meurtres sanglants et les cauchemars d'anciennes victimes qui reviennent le hanter.
Bien que depuis quelques années Liam Neeson n'interprÚte que ce genre de personnage tourmenté au passé houleux, on ne peut que se résoudre à l'inéluctable réalité : on n'y croit plus. Depuis Taken en 2008, le pauvre acteur ne fait qu'enchaßner les rÎles désolants et les interprétations fades. On lui souhaite définitivement un avenir plus glorieux à l'écran que celui auquel il semble malheureusement destiné. Joel Kinnaman ne se démarque pas non plus. On ne croit jamais vraiment à son personnage de pÚre aimant qui a dû délaisser son propre pÚre pour la mauvaise influence qu'il avait sur lui et sur sa famille.
Par contre, si vous n'en avez que faire d'une bonne histoire, si ce qui vous intĂ©resse c'est les courses de voitures, les chasses Ă l'homme, les fusillades et les combats, Run All Night pourrait peut-ĂȘtre vous plaire, puisque d'un point de vue essentiellement technique, Jaume Collet-Serra relĂšve le dĂ©fi. L'homme qui nous a donnĂ© les prĂ©cĂ©dents Unknown et Non-Stop, qui mettaient aussi tous deux en vedette Neeson, continue de dĂ©montrer ses aptitudes en tant que rĂ©alisateur de film d'action. Il lui faudrait simplement des textes intelligents pour qu'on reconnaisse son talent. Sa camĂ©ra nerveuse, ses ralentis pertinents et ses dĂ©coupes rythmĂ©es apportent un intĂ©rĂȘt insoupçonnĂ© Ă Â Run All Night. Mais, entendons-nous, il faut ĂȘtre perspicace et trĂšs indulgent pour considĂ©rer ses quelques broderies techniques comme d'une plus-value, parce que dans l'ensemble, rien ne retient le spectateur dans son siĂšge, pas mĂȘme le dĂ©sir de voir les deux magnifiques petites filles qui jouent Ă cache-cache s'en sortir vivantes! C'est tout dire!
Le cinĂ©aste semble s'ĂȘtre Ă©vertuĂ© Ă introduire quelques fioritures inspirĂ©es de l'univers de la bande dessinĂ©e pour embellir son film. Malheureusement, les quelques plans plus « surnaturels » sont trop peu nombreux pour ĂȘtre dĂ©finis comme un style au sein du long mĂ©trage. Ses sĂ©quences plus graphiques de violence barbare ne peuvent pas non plus particulariser la production, Ă©tant trop rares et lĂ©gĂšrement anachroniques.
Run All Night fait partie d'un lot - trop grand- de productions hollywoodiennes qui n'auraient jamais dĂ» voir le jour. Personnellement, il me faudra plus qu'une nuit pour survivre Ă son abrutissement.
