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Mile End Kicks
Très bon
Très bon

Une distribution qui rock. Un scénario entraînant avec quelques fausses notes.

Mile End Kicks est un hommage à la scène culturelle montréalaise. Une histoire de passage à l’âge adulte sous fond de musique indie rock livrée par des acteurs convaincants. Mais qui en fait un peu trop pour qu’on demande un rappel !

Contenu de la critique

Bande-annonce en français

La réalisatrice ontarienne Chandler Levack en a épaté plusieurs avec son premier long-métrage I Like Movies paru en 2022. Pour son deuxième opus, elle reprend sensiblement les mêmes thèmes, mais transpose l’action de son coming-of-age-story de l’univers des cinéphiles à celui des mélomanes avec, en prime, un hommage bien senti à Montréal présentée sous ses meilleurs jours, sans la moindre de trace de cône orange!

L’action de Mile End Kicks se déroule en 2011. On y suit les péripéties de Grace (Barbie Ferreira), critique musicale dans la jeune vingtaine, qui laisse son emploi et son Toronto natal pour s’établir à Montréal dans le but d’écrire un essai sur l’album Jagged Little Pill d’Alanis Morissette. Ses ambitions professionnelles seront bien vite reléguées au second plan lorsqu’elle fait la rencontre du groupe indie rock émergent Bone Patrol. Elle s’éprend alors de deux membres du groupe : Chevy (Devon Bostick) et Archie (Stanley Simons). Ce triangle amoureux amènera Grace à se questionner sur sa vision d’elle-même, de ses relations avec les hommes et de la place des femmes dans l’industrie du divertissement. 

Comme dans I Like Movies, le succès du film passe beaucoup par la qualité du casting. Stanley Simons amène une belle sensibilité à l’anxieux social Archie, possiblement le personnage le plus attachant du film. Devon Bostick se maintient sur la fine ligne entre vérité et cabotinage en interprétant l’excentrique et imbu de lui-même Chevy. Barbie Ferreira offre une performance juste. Mais il est souvent difficile pour le spectateur de sympathiser avec son personnage, tant Grace prend de mauvaises décisions et manifeste peu de considération pour son entourage pendant une longue partie du récit.

Dans des rôles plus effacés, les Québécois Juliette Gariépy et Robert Naylor se distinguent à chacune de leurs apparitions à l’écran. Tous deux s’avèrent être les principaux ressorts comiques du film et touchent la cible à chacune de leurs répliques. 

Le scénario rappelle parfois Almost Famous de Cameron Crowe. Chandler Levack ne s’en cache pas et y fait même référence. Bien qu’on soit dans des thématiques similaires, Levack rend le récit assez personnel pour s’en éloigner. La trame narrative n’offre pas grand-chose de nouveau au genre. Mais Levack réussit tout de même quelques pointes d’originalité qui s’avèrent rafraîchissantes. Notamment avec les scènes de rapprochements physiques. Chaque fois que Grace se retrouve dans l’intimité avec un homme, on assiste à des moments à la fois drôles et malaisants qui ont le don de surprendre.

Le film aborde aussi une multitude de thèmes. Peut-être même trop. On va de l’affirmation de soi, à la masculinité toxique en passant par la difficulté de percer dans le milieu culturel à la sincérité des relations amoureuses. Chacun de ces thèmes pourrait constituer la colonne vertébrale d’un scénario puissant et évocateur. Mais, une fois mélangés ensemble, on s’éparpille, certaines trames ne se concluent pas de manière satisfaisante et il devient parfois difficile de déceler un propos clair dans le récit.

Si le film de Levack jouit d’une direction photo esthétique et d’un casting efficace, principalement constitué de nouveaux visages, le résultat final nous laisse parfois sur notre appétit. Le brio des acteurs ne parvient pas entièrement à racheter un scénario plein de bonnes intentions, mais souvent redondant et parfois un peu trop touffu. Le tout aurait probablement mieux passé avec un personnage principal plus attachant. Malgré tout, Mile End Kicks est une œuvre rafraîchissante, drôle et divertissante. Un film dans lequel bon nombre de jeunes Québécois vont se reconnaître. C’est un air connu qu’on aime fredonner. Mais peut-être pas une chanson qui se hissera au sommet des palmarès!