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Affiche du film Les jours heureux
Les jours heureux
Acceptable
Acceptable

Fausses notes

L'oeuvre plus rassembleuse n'est pas particuliÚrement transcendante et elle manque à la fois d'émotion, de folie et de complexité pour faire sa place parmi tous les bons films québécois qui ont pris l'affiche ces derniÚres semaines.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français

Une décennie aprÚs avoir lancé la carriÚre de Sophie Desmarais avec Sarah préfÚre la course, la cinéaste Chloé Robichaud renoue avec son actrice fétiche pour Les jours heureux, un film beaucoup moins marquant.

Le long métrage se déroule dans l'univers de la musique classique et il arrive trop peu trop tard, se rapprochant davantage de l'anodin Divertimento que du magistral Tar. Comme dans le superbe opus de Todd Field, la cheffe d'orchestre lesbienne (Desmarais) est coincée dans une relation toxique de pouvoir.

Sauf que cette fois, c'est son exigeant pÚre et agent (Sylvain Marcel) qui lui met des bùtons dans les roues. Il cherche à imposer ses choix musicaux, la manipulant allÚgrement. Tout n'est évidemment pas noir ou blanc. Le scénario expose le passé malheureux de l'homme qui reproduit des cycles de violence et d'intimidation. Une dynamique qui se veut lourde, psychologisante et démonstrative.

Surtout qu'elle est exprimée de façon élémentaire. La premiÚre scÚne montre l'héroïne qui ne sait pas nager et qui a peur sur l'eau. Pendant tout le film, elle devra apprendre à se faire confiance et à voler de ses propres ailes pour qu'à la fin, lors de la lumineuse conclusion, elle décide de changer ce qui ne va pas. Une métaphore passe-partout et rudimentaire.

Pour y arriver, elle puisera au sein de sa vie intime et personnelle qui n'est pas au beau fixe. La protagoniste voit peu ses amies (les sĂ©quences au restaurant ne manquent pas de clichĂ©s) et elle aimerait nouer une relation plus profonde avec son amoureuse, qui est une mĂšre rĂ©cemment divorcĂ©e. Non seulement cette derniĂšre est une musicienne sous les ordres de la cheffe d'orchestre, mais elle hĂ©site Ă  dĂ©voiler au grand jour son orientation sexuelle. Cela donne des scĂšnes domestiques qui n'ont pas toujours la force requise, car elles demeurent trop en surface. À l'image de cette relation factice qui se noue entre l'hĂ©roĂŻne et l'enfant qui la transforme du jour au lendemain.

Les excellents acteurs apportent beaucoup au récit, éclipsant presque toutes ses fausses notes. Sophie Desmarais trouve enfin un nouveau rÎle au cinéma pour briller, et Sylvain Marcel est aussi charismatique que terrifiant. Un duo qui peut rappeler celui de Miles Teller et de J.K. Simmons dans Whiplash, l'intensité en moins. Le reste du casting, impeccable, se nourrit de la force vitale de Nour Belkhiria et de Maude Guérin. Dommage que des dialogues sonnent faux et qu'ils se veulent parfois moralisateurs.

La mise en scĂšne Ă©lĂ©gante ponctuĂ©e de nombreux plans de camĂ©ra Ă  l'Ă©paule n'arrive pas Ă  rendre Ă©touffant ou oppressant ce milieu extrĂȘmement compĂ©titif de la musique classique. En revanche, les sĂ©ances musicales sont de belle facture (le chef d'orchestre Yannick NĂ©zet-SĂ©guin a agit comme conseiller artistique) et l'ensemble ne manque pas de crĂ©dibilitĂ©.

AprÚs le rafraßchissant Sarah préfÚre la course et l'étonnant Pays, Chloé Robichaud semble se chercher sur Les jours heureux. L'oeuvre plus rassembleuse n'est pas particuliÚrement transcendante et elle manque à la fois d'émotion, de folie et de complexité pour faire sa place parmi tous les bons films québécois qui ont pris l'affiche ces derniÚres semaines.