La garde est un film bien construit, qui s'applique Ă bien faire les choses plutĂŽt qu'Ă les chambouler; et c'est une approche tout Ă fait valable. Autant le thĂšme principal, une relation pĂšre-fils que la loi a interdit, que les mĂ©thodes scĂ©naristiques et cinĂ©matographiques dĂ©ployĂ©es par Ian Lauzon et Sylvain Archambault avancent vers un mĂȘme but : raconter, avec efficacitĂ©, une histoire. C'est bien accompli, on le constate souvent au cours du film, en particulier lors de l'Ă©mouvante finale. Ce qui ne signifie pas cependant qu'on n'y rencontre pas quelques accrocs.
Un peu comme avec PichĂ© - Entre ciel et terre, c'est l'idĂ©e de rĂ©cit qui prĂ©vaut, avec ce que cela implique d'Ă©lĂ©ments dĂ©clencheurs et de pĂ©ripĂ©ties placĂ©s stratĂ©giquement. Ce que propose La garde est simple, mais efficace. DĂ©jĂ , la situation porte en elle des Ă©motions Ă saisir qui rejoindront sans doute la majoritĂ© des spectateurs; on a immĂ©diatement de l'empathie pour ce pĂšre qui ne demande qu'Ă voir son fils, mĂȘme si on souhaiterait qu'il soit plus intelligent pour rĂ©gler le problĂšme. Le gage de rĂ©ussite du film est qu'il rejette l'Ă©motion facile et qu'il traite avec une pudeur de rigueur les moments sentimentaux qu'il met en scĂšne. Pas de musique cheap venant gĂącher le moment, pas de dĂ©luges de larmes, plutĂŽt une Ă©motion rigoureuse et de ce fait plus rĂ©aliste.
La réalisation est dans le ton, souvent prÚs des personnages, trÚs découpée, trÚs intime. La caméra d'Archambault se fait créative, dans une recherche constante de cette émotion et des acteurs. Il y a bien quelques moments qui semblent incongrus, mais pas assez pour gùcher l'expérience. Le dosage est juste.
Les acteurs tirent pleinement profit de cette mise en scĂšne, dans des rĂŽles tellement simples qu'ils sont immensĂ©ment compliquĂ©s. Rien de plus difficile Ă jouer que le « normal », mais Paul Doucet permet Ă ce personnage d'exister grĂące Ă son jeu naturel et intelligent. Antoine L'Ăcuyer, qui a bien grandi depuis C'est pas moi, je le jure!, est efficace lui aussi. Le problĂšme avec des scĂšnes aussi prĂšs des personnages, aussi Ă©pidermiques, c'est que le moindre dĂ©crochage est fatal, et que la scĂšne est foutue. Il y en a peu, dans La garde, pourtant, quelques lignes de dialogues mal ajustĂ©es ou mal livrĂ©es viennent Ă quelques reprises faire dĂ©railler le fil de l'histoire. On le reprend rapidement par la suite, sans dommages permanents, mais quand mĂȘme...
Ces quelques dĂ©fauts sont pratiquement oubliĂ©s lors de la finale, qui est habilement construite et qui, on l'a dit, Ă©vite les Ă©motions faciles. C'est ce qui donne une impression surtout positive de La garde, dont le rĂ©cit mĂšne Ă cette rĂ©solution complexe et stimulante oĂč un pĂšre et son fils peuvent entrouvrir la porte Ă une rĂ©conciliation.
