Le retour tant attendu du phénomène mondial nous replonge dans l’univers de la famille Crawley et de son attachant personnel à l’aube des années 1930. Alors que Downton Abbey doit s’adapter à la modernité, une nouvelle ère s’annonce, faite de bouleversements sociaux, de menaces financières et de scandales publics – Lady Mary est désormais divorcée! Ce dernier chapitre de la saga créée par Julian Fellowes ne décevra pas les admirateurs, mais nous aurions aussi pu nous en passer. Comme un deuxième dessert : agréable, mais pas nécessaire.
À la fin du deuxième film, nous avions pleuré la mort de Violet, la comtesse douairière (Maggie Smith, décédée elle aussi deux ans plus tard). Sa disparition marquait une page tournée… mais pas un adieu définitif. Les producteurs ont voulu offrir une ultime rencontre avec les Crawley, pour montrer comment chacun s’inscrit désormais dans une époque nouvelle. On retrouve avec bonheur Lady Mary, Edith, Cora, Robert, Carson, Molesley et Madame Patmore, mais l’absence de Violet Crawley, la comtesse douairière de Grantham, se fait cruellement sentir – malgré son gigantesque portrait qui trône dans le hall d’entrée du manoir. Son humour mordant et ses répliques assassines manquent, et la saga perd ainsi malheureusement une partie de son piquant.
Vous l’aurez bien sûr deviné : ce troisième film n’est pas une révolution, mais plutôt un prolongement naturel de l’univers que nous avons tant aimé. L’auteur et scénariste Julian Fellowes, fidèle à son style, reprend les thèmes récurrents : le choc des générations – et des classes – la crainte des changements, la jeunesse qui pousse les plus vieux à évoluer… Quelques savoureuses répliques dans la tradition de l’humour anglais font sourire, certaines intrigues émeuvent, mais l’ensemble reste dans une zone de confort. On sent que la boucle est bouclée, mais sans grande surprise dramatique.
Visuellement, la magie opère encore. Les reconstitutions sont splendides : les décors majestueux, les grands dîners, le bal tourné à Clayton House, les courses filmées à l’hippodrome de Ripon. Cette séquence a d’ailleurs été particulièrement complexe à tourner, nécessitant onze caméras et de vrais jockeys. Vraiment, tout est conçu pour flatter l’œil et nourrir la nostalgie… surtout avec la magnifique trame sonore qui a toujours su nous transporter depuis les quinze dernières années.
Les costumes signés Anna Robbins méritent aussi une mention spéciale. Inspirée par la mode des années 1930. La designer rend hommage à Madeleine Vionnet et glisse plusieurs clins d’œil à Gabrielle Chanel, convaincue que Lady Mary et Lady Edith auraient porté de telles créations de haute couture. Ce souci du détail ajoute un charme supplémentaire.
Le récit est long (2h03 qui paraissent parfois un peu plus) et n’apporte pas de véritable nouveauté. Mais pour les fidèles, il reste touchant de dire adieu aux personnages aimés depuis 2010 dans une atmosphère de raffinement où on retrouve cet équilibre entre drame feutré et humour britannique qui a fait la signature de la série.
Les fans inconditionnels apprécieront ce dernier adieu, aussi élégant que mélancolique. Pour les autres, « la grande finale » risque de sembler superflue. Mais pour ceux qui ont vécu quinze ans d’histoires avec les Crawley et leurs valets de pied, c’est un voyage nostalgique qui se savoure avec tendresse.
