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Affiche du film Sang-froid
Sang-froid
TrĂšs bon
TrĂšs bon

Le scorpion et la grenouille

Parfois à l'image d'un film sombre de David Cronenberg, parfois marqué par l'exubérance d'un Tarantino, Drive s'inspire de différents styles cinématographiques sans jamais faire figure de pastiche.

Contenu de la critique

Extrait 4 en anglais

Drive possĂšde sans contredit cet aspect rafraĂźchissant et novateur qui excitent les critiques et dĂ©concertent le commun des mortels. Son extrĂȘme violence - habilement dosĂ©e -, la qualitĂ© de ses interprĂštes, la finesse de son scĂ©nario ainsi que l'efficacitĂ© dĂ©routante de son ambiance sonore pourraient bien lui valoir une place parmi les dix meilleurs films de l'annĂ©e aux Oscars - mais nous nous contenterons d'attendre sagement les autres propositions avant d'avancer de telles prĂ©dictions...Ryan Gosling, qui nous a rĂ©cemment prouvĂ© - grĂące Ă  Crazy, Stupid, Love - qu'il pouvait ĂȘtre autre chose qu'un homme profond et tourmentĂ©, revient Ă  ses premiĂšres amours en interprĂ©tant un cascadeur psychologiquement torturĂ©, rongĂ© par la vie et sa volontĂ© mortelle de protĂ©ger ceux qu'il affectionne. Carey Mulligan rĂ©ussit elle aussi Ă  charmer le public dĂšs les premiĂšres scĂšnes. C'est sa sensibilitĂ©, sa douceur, qui nous bouleverse et nous transporte. Albert Brooks et Ron Perlman sont Ă©galement trĂšs efficaces dans les rĂŽles de deux malfaiteurs sans pitiĂ© qui rĂšgnent sur Los Angeles.L'habiletĂ© de la rĂ©alisation en est Ă©galement pour beaucoup dans la compĂ©tence gĂ©nĂ©rale de l'oeuvre. Nicolas Winding Refn est parvenu, par le biais d'images lĂ©chĂ©es et expressives, Ă  imputer Ă  son film une atmosphĂšre psychotique, une ambiance certes dĂ©concertante pour un public non-averti. Alors que certains cinĂ©astes choisissent l'absence de musique pour transmettre une Ă©motion, Winding Refn a plutĂŽt optĂ© pour l'omniprĂ©sence de cette derniĂšre, et l'effet est impressionnant. Le film bombarde le spectateur de sons, de cris, de mĂ©lodies de toutes sortes jusqu'Ă  ce qu'il soit saturĂ© et Ă©prouve un malaise saisissant. Certains ralentis (la sĂ©quence dans l'ascenseur est magnifique, mĂȘme poĂ©tique) et quelques prises de vue hallucinantes donnent une personnalitĂ© bien distincte Ă  la production amĂ©ricaine et lui permet de se dĂ©marquer facilement du lot. Les diverses sĂ©quences de courses automobiles sont si habiles et enivrantes qu'on en aurait voulu davantage.Le long mĂ©trage tĂ©moigne d'une violence extrĂȘme, parfois semblable Ă  celle que l'on retrouve dans les « slashers » (film d'horreur trĂšs violent comme Saw ou Halloween). À dĂ©faut de simplement dĂ©ranger, cette brutalitĂ© donne le ton Ă  l'oeuvre en la positionnant davantage du cĂŽtĂ© du film noir que du suspense conventionnel. Le scĂ©nario est construit de telle façon que cette dĂ©mesure devient inĂ©vitable et nĂ©cessaire. MĂȘme si la conclusion en laissera plusieurs sur leur faim, l'honnĂȘtetĂ© globale des textes et leur justesse narrative (un film de peu de mots mais aux bons) concĂšde Ă  Drive ses attributs marginaux.Parfois Ă  l'image d'un film sombre de David Cronenberg, parfois marquĂ© par l'exubĂ©rance d'un Tarantino, Drive s'inspire de diffĂ©rents styles cinĂ©matographiques sans jamais faire figure de pastiche. Le plus rĂ©cent long mĂ©trage de Nicolas Winding Refn, qui a fait parler de lui Ă  Cannes en mai dernier, n'a pas fini de faire couler de l'encre. Lorsqu'on prend le temps de l'Ă©tudier en dĂ©tail, cette oeuvre est une vĂ©ritable leçon de cinĂ©ma, tant dans sa forme que dans son contenu intelligent. Une rĂ©alisation aussi Ă©mĂ©rite pour un film d'action est si rare qu'on se doit de la mentionner. Comme quoi film d'action ne rime pas toujours avec abrutissement cĂ©rĂ©bral.