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Affiche en français du film Obsession
Obsession
Très bon
Très bon

Curry Barker passe de YouTube au grand écran avec brio

Un souhait exaucé peut devenir une malédiction, comme le réalise le protagoniste de ce film d'horreur redoutablement efficace.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français

De plus en plus de créateurs de contenu font la transition de YouTube au grand écran, souvent à la barre de films d’horreur, un genre où un budget limité n’est pas nécessairement un détriment. On pense entre autres aux réalisateurs australiens Danny et Michael Philippou de la chaîne RackaRacka avec Parle-moi et Reviens-moi; au critique web Chris Stuckmann avec Shelby Oaks; ou à l’influenceur Markiplier avec Iron Lung. S’ajoute maintenant à cette liste Curry Barker du duo « that's a bad idea » qui, après avoir lancé son premier long-métrage Milk & Serial directement sur YouTube, débarque dans les salles de cinéma avec Obsession.

Baron « Bear » Bailey (Michael Johnston) est un jeune homme dans la vingtaine à l’emploi d’un magasin d’instruments de musique. Autant durant ses quarts de travail que lors de ses temps libres, il s’amuse beaucoup avec ses collègues Nikki (Inde Navarrette), Ian (Cooper Tomlinson) et Sarah (Megan Lawless), avec qui il participe notamment à une soirée quiz dans un bar chaque semaine. Or, Bear n’est pas tout à fait satisfait de cette situation. Il est secrètement amoureux de Nikki, avec qui il a développé une complicité au fil des ans, sans toutefois savoir si cette dernière le considère seulement comme un bon ami ou si elle serait ouverte à entamer une relation plus intime avec lui.

Parce qu’il n’ose pas avoir simplement une conversation sincère avec celle qui fait battre son cœur, Bear se rend dans une boutique ésotérique et achète un « One Wish Willow », un rameau avec lequel on fait un vœu, qui s’exauce après qu’on ait brisé l’objet. Son souhait, soit que Nikki l’aime plus que tout au monde, semble incroyablement se réaliser sur-le-champ. Les deux camarades passent une nuit ensemble, puis deviennent bientôt un couple fusionnel. Ils se côtoient toute la journée au travail, puis ils demeurent collés l’un à l’autre le soir venu.

Durant la première partie d’Obsession, on a presque l’impression d’être devant une comédie romantique avec une touche de surnaturel. Mais bien sûr, le titre suggère quelque chose de plus sombre et plus tordu, tout comme le rythme lancinant, les images en clair-obscur et l’atmosphère anxiogène. Effectivement, la relation amoureuse au cœur de l’histoire s’avère rapidement être toxique. Jalouse et possessive, Nikki adopte par ailleurs des comportements de plus en plus bizarres et autodestructeurs. Soulignons que le scénario de Curry Barker ne surfe pas bêtement sur le stéréotype de la femme dite « hystérique ». En fait, Nikki est une figure tragique, prisonnière d’un esprit rendu fou d’amour contre son gré…  

On passe donc d’une fausse comédie romantique à un drame psychologique et, éventuellement, à un film d’horreur redoutablement efficace. Tel que mis en scène par Barker, le personnage de Nikki semble souvent émerger des ténèbres ou se tenir immobile en marge du cadre, ce qui la rend d’autant plus inquiétante. Puis en l’espace d’un instant, elle peut devenir extrêmement violente, envers elle-même ou envers les autres. Sans trop en révéler sur le récit, les amateurs de gore et de moments-chocs seront bien servis, jusqu’à la conclusion nihiliste. Mais encore plus que les éruptions de sang et la qualité de la mise en scène de Barker, ce qu’on retient d’Obsession, c’est la performance hallucinante de l’actrice Inde Navarrette, qui évoque Mia Goth dans Pearl ou même Isabelle Adjani dans Possession.