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Affiche du film Notre idiot de frĂšre
Notre idiot de frĂšre
Pauvre
Pauvre

L'idiot gentil

Il manque de la personnalité à ce film; autant dans son humour que dans sa réalisation anonyme et dans ses thématiques empruntées à gauche et à droite.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français

La croyance générale prétend qu'on puisse beaucoup apprendre en regardant de bons films. On regarde les grands classiques afin d'examiner ce qui fonctionne et comment - c'est d'autant plus vrai en humour, d'autant que l'humour, c'est difficile à réussir. Cependant, il est bien possible aussi qu'on apprenne encore davantage de choses utiles sur le cinéma en regardant des films ratés, c'est-à-dire des films dont l'idée de départ était valable mais qui ont été gùchés en chemin, comme c'est le cas avec Our Idiot Brother. Voilà un exemple de film raté, de comédie pas drÎle, de laquelle on peut sans doute beaucoup apprendre en examinant simplement ce qui cloche.

Le film commence alors que Ned est manipulĂ© par un policier qui lui demande de lui vendre de la drogue. Cette sĂ©quence a pour but d'illustrer que Ned est un idiot (d'oĂč le titre, qui mise sur l'ambiguitĂ© anglophone du mot). Or, cette sĂ©quence (comme le film entier), rate sa cible : Ned n'est pas idiot; il rĂ©siste tout d'abord aux tactiques du policier avant d'ĂȘtre convaincu, par amitiĂ© ou par gentillesse, que ce dernier ne lui veut pas de mal et de lui vendre de la drogue. Ned n'est pas idiot, il est gentil. Et un personnage qui est trop gentil, trop honnĂȘte. Dans un film comique, ce n'est pas la mĂȘme chose qu'un personnage qui est idiot; cela n'a pas les mĂȘmes possibilitĂ©s humoristiques.

De le soumettre aux pires stĂ©rĂ©otypes - incarnĂ©s par ses trois soeurs - n'a donc pas l'impact voulu; encore une fois, Ned n'est jamais vraiment idiot, il est plutĂŽt naĂŻf ou dĂ©bonnaire, ou un amant de la vĂ©ritĂ©, mais certainement pas un idiot, mĂȘme si c'est ce qu'elles essaient de nous faire croire Ă  travers ses maladresses. Et la morale, bien sĂ»r, c'est que la vĂ©ritĂ©, au final, fait du bien aux gens, mĂȘme s'ils sont sceptiques au dĂ©but. En ce sens, Our Idiot Brother propose un happy end qui dĂ©passe en quĂ©tainerie de nombreuses comĂ©dies romantiques classiques et fait l'apologie d'une vie simple prĂšs des lĂ©gumes biologiques - autre clichĂ©.

Son principal dĂ©faut demeure cependant de ne pas ĂȘtre drĂŽle : les blagues dĂ©fraĂźchies se succĂšdent sur des thĂ©matiques usĂ©es; le mari infidĂšle, les parents trop sĂ©vĂšres avec leur enfant, la jeune carriĂ©riste qui laisse passer l'amour et le hippie sympathique qui aime la simplicitĂ© de l'existence et qui a tellement raison au fond. On ne risque pas de se laisser surprendre par une bonne idĂ©e ou par un retournement imprĂ©visible dans un contexte aussi conventionnel. Sans le ton dĂ©capant qu'on retrouve souvent dans les comĂ©dies contemporaines, Our Idiot Brother paraĂźt bien fade.

D'autant que la proposition du film (et sa distribution talentueuse) laissait espĂ©rer un film de qualitĂ©. C'est d'autant plus regrettable que le talent de Paul Rudd soit ainsi gĂąchĂ© par un scĂ©nario sans saveur, lui qui est un acteur comique efficace. Zooey Deschanel, Elizabeth Banks et Emily Mortimer n'y paraissent pas mieux, prisonniĂšres de rĂŽles et de mises en situation monotones et prĂ©visibles. Il manque de la personnalitĂ© Ă  ce film; autant dans son humour que dans sa rĂ©alisation anonyme et dans ses thĂ©matiques empruntĂ©es Ă  gauche et Ă  droite. Le rĂ©sultat est un film qui aurait pu ĂȘtre bien plus signifiant, s'il s'Ă©tait donnĂ© la peine.