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L'homme qui rétrécit
Acceptable
Acceptable

Un remake miniature qui manque d'envergure

Jean Dujardin voit grand, le scénario reste petit : malgré des effets spéciaux spectaculaires et un acteur investi, L'homme qui rétrécit peine à dépasser le statut d'adaptation mineure et mélodramatique.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français

Malgré sa prémisse attrayante, un Jean Dujardin en grande forme et des effets spéciaux réellement spectaculaires – dont un combat mémorable contre une araignée transformée en monstre terrifiant – L’homme qui rétrécit peine à s’imposer comme autre chose qu’une adaptation mineure, sans véritable originalité, du classique littéraire de science-fiction de Richard Matheson.

Drame existentiel au parfum fantastique, film d’aventures à échelle entomologique, méditation sur la condition humaine ; cette nouvelle adaptation franco-belge coche un peu toutes ces cases. Elle raconte l’histoire de Paul (incarné par Jean Dujardin), un père de famille ordinaire respectable à qui la vie sourit, qui voit son existence banale prendre un tournant kafkaesque de façon inexplicable. Jour après jour, son corps rapetisse jusqu’à ce qu’il devienne prisonnier d’un monde devenu hostile alors qu’auparavant il le contrôlait. On n’aura jamais vu Jean Dujardin aussi petit et fragile que dans L’homme qui rétrécit ; un pari surprenant pour cet acteur oscarisé (avec The Artist en 2012) au charisme indéniable, manifestement prêt à prendre des risques.

Le film s’aventure sous les auspices du conte philosophique, cherchant à interroger la solitude, le bonheur et la place de l’être humain dans l’immensité du cosmos. Dommage, car ces ambitions s’évaporent rapidement pour ne laisser qu’un message convenu, c'est-à-dire celui que l’individu doit apprendre l’humilité, relativiser et accepter son insignifiance à l’image d’une planète minuscule perdue dans l’univers. Une réflexion sincère, certes, mais traitée de manière trop appuyée pour émouvoir ou pour rester en mémoire.

La première partie du film, très fonctionnelle et didactique, installe la famille, la maladie et la descente aux enfers du personnage. Paul y narre sa situation avec un ton mélodramatique, parfois franchement prêchi-prêcha. Ainsi, ce cadre supérieur qui avait « tout pour être heureux bien qu’il manque toujours quelque chose », comme il le mentionne en voix off, voit se fissurer l’illusion d’une vie parfaitement maîtrisée. En fait, remplacez la voix de Jean Dujardin par celle d’Éric Bruneau dans la série Avant le crash lors de ses monologues pseudophilosophiques, et vous avez la même idée.

C’est plutôt en deuxième partie que le film gagne un peu plus en personnalité. Coincé dans la cave de sa maison et réduit à une taille dérisoire, Paul doit faire preuve d’ingéniosité pour survivre, tel un naufragé sur une île déserte ayant dégringolé à la base de la hiérarchie des besoins de la pyramide de Maslow, ne luttant plus que pour l’eau, la nourriture et la sécurité. Tout à coup, c’est comme si on écoutait le splendide Cast Away avec Tom Hanks, mais sans la mer, sans Wilson, et surtout sans l’émotion dévastatrice et le tour de force narratif du film de Robert Zemeckis.

Heureusement, les effets spéciaux sauvent la mise. Ils sont spectaculaires et réussissent à apporter des séquences d’action impressionnantes et immersives, surtout celle du combat avec l’araignée, la véritable antagoniste du film, rappelant celui du brave Samsagace Gamegie dans Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi. Aussi, la réalisation de Jan Kounen – qui retrouve Dujardin près de 20 ans après l’avoir dirigé dans 99 francs – capture bien le sentiment d’écrasement ressenti par Paul avec des contre-plongées vertigineuses ou encore de longs travellings fluides illustrant sa nouvelle perception du monde. En revanche, la musique d’Alexandre Desplat est omniprésente et souvent trop insistante, dans un souci évident de bouleverser. Sans oublier que, malgré un huis clos anxiogène bien pensé, plusieurs séquences contemplatives alourdissent inutilement le rythme.

Sans offrir une fable saisissante sur les vraies valeurs de l'existence sur lesquelles le film ambitionne d’être, L’homme qui rétrécit demeure un spectacle correct, parfois inventif – surtout quand le récit flirte avec le thriller –, mais globalement mièvre. Le cinéaste signe un film techniquement solide, mais thématiquement trop sage, incapable de moderniser le propos du roman, qui en 1956 a été publié en pleine Guerre Froide en réaction à la peur du nucléaire – le protagoniste rapetissant à la suite d’une exposition accidentelle à des radiations – là où le remake se contente d’un phénomène météorologique mystérieux sans donner suite. Un divertissement honnête donc, mais bien loin de marquer les esprits.