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Affiche du film Le semeur
Le semeur
Acceptable
Acceptable

Folies de jardin

Il nous faut un certain temps avant de comprendre l'essence de l'oeuvre, d'en connaßtre son sujet principal. Ce détachement et cet abandon du spectateur par la réalisatrice (volontaire ou pas) comportent énormément de risques et, malencontreusement ici, on ne se sent rapidement plus concerné par l'odyssée de l'horticulteur.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français

Je disais tout rĂ©cemment que de critiquer un film de fiction comme Uvanga n'Ă©tait pas une tĂąche aisĂ©e, sachez qu'Ă  ce moment, j'ignorais qu'il me faudrait, quelques jours plus tard, aborder Le semeur. Noter et commenter un portrait documentaire est un dĂ©fi de taille. Il s'agit d'une oeuvre contemplative, sans ligne directrice bien dĂ©finie ni scĂ©nario Ă  proprement parler. Une percĂ©e momentanĂ©e dans la vie d'un agriculteur/artiste, un homme inspirant, mais dont on apprend si peu qu'on n'arrive jamais Ă  s'attacher vraiment. Le but d'un film comme celui-ci n'est peut-ĂȘtre pas l'attachement au protagoniste, mais pour conserver l'intĂ©rĂȘt du public suffisamment longtemps, il aurait Ă©tĂ© intĂ©ressant d'en connaĂźtre davantage sur le « hĂ©ros ».

Il faut attendre jusqu'à la cinquiÚme minute avant d'entendre le premier mot. L'introduction est une suite d'images nous dévoilant un homme et ses légumes. Il vide une courge, tamise des graines, numérise une carotte pour en faire, ultimement, une murale, le tout dans un silence noble et digne, mais irrémédiablement accablant. Les monologues du protagoniste sont épars. Il nous faut un certain temps avant de comprendre l'essence de l'oeuvre, d'en connaßtre son sujet principal. Ce détachement et cet abandon du spectateur par la réalisatrice (volontaire ou pas) comportent énormément de risques et, malencontreusement ici, on ne se sent rapidement plus concerné par l'odyssée de l'horticulteur. Il s'agirait d'un euphémisme de dire que Le semeur manque de rythme, puisqu'il n'en possÚde tout simplement pas. Ou s'il en a un, il est si lent, qu'il est difficile à saisir.

Pourtant, l'individu a Ă©tĂ© habilement et intelligemment choisi par la cinĂ©aste. Le personnage en est un intrigant qui valait amplement ces quelque 77 minutes de gloire. Ce maraĂźcher amoureux des plantes autant que de l'art est un sujet d'Ă©tude fort judicieux pour ce genre de portrait. Mise Ă  part Rolande, une vieille dame qui a beaucoup apportĂ© au protagoniste en lui enseignant ce qu'elle savait (c'est ce qu'on suppose puisque rien n'est vraiment expliquĂ© dans ce film), personne ne s'exprime Ă  l'Ă©cran, exceptĂ© le principal intĂ©ressĂ©. Contrairement Ă  plusieurs documentaires du mĂȘme genre, on ne sent pas que le protagoniste rĂ©pond Ă  des questions de la rĂ©alisatrice, camouflĂ©e derriĂšre la camĂ©ra. On a davantage l'impression d'ĂȘtre tĂ©moin de son quotidien.

MĂȘme si elles sont languissantes et posĂ©es, les images que choisit de nous montrer la rĂ©alisatrice sont gĂ©nĂ©ralement superbes. Certains plans traĂźnants renferment une sincĂšre beautĂ© et dĂ©montrent la passion de l'horticulteur. Il est Ă©vident que Le semeur ne s'adresse pas Ă  un public de profanes. Ses 77 minutes seront irrĂ©mĂ©diablement pĂ©nibles pour un oeil non averti, mais pour des habituĂ©s du style acadĂ©mique qu'est le portrait documentaire et pour des amoureux de botanique, Le semeur peut s'avĂ©rer un choix judicieux. Tout est une question de perspective, et surtout, d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.