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La momie : un film de Lee Cronin
Acceptable
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Quand le drame psychologique vire au festival gore

En délaissant l'aventure pour l'horreur viscérale, Lee Cronin sacrifie un drame familial pourtant prometteur au profit d'un festival gore, s'égarant rapidement dans les pires clichés du film de possession.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français  © Warner Bros. Canada

Les monstres mythiques ne se gênent pas pour envahir les salles de cinéma. Les cinéastes réputés comme Guillermo del Toro (Frankenstein) et Robert Eggers (Nosferatu) adaptent ces classiques de façon spectaculaire, mais un peu trop sage, mêlant parfois respect et conventions. Tout le contraire de réalisateurs plus confidentiels comme Leigh Whannell (Wolf Man), Maggie Gyllenhaal (The Bride!) et maintenant Lee Cronin avec The Mummy dont les propensions à prendre des risques finissent toutefois par se retourner contre eux.

Sorti en 1932, The Mummy qui mettait en vedette Boris Karloff a marqué son époque, engendrant son lot de suites et de variations de qualité très diverse. La plus récente proposition du créateur des surprenants Evil Dead Rise et The Hole in the Ground se détourne du long métrage d'aventure de 1999 avec Brendan Fraser et de la production d'action de 2017 avec Tom Cruise pour renouer avec l'horreur de la version originale... tout en rajoutant une longue heure au compteur.

Il y a huit ans, une fillette est disparue sans laisser de trace au Caire. Quelle n'est pas la surprise de ses parents (Jack Reynor et Laia Costa) de la retrouver vivante dans un sarcophage! Mais Katie (Natalie Grace) a bien changé et son état catatonique vire soudainement à l'excès de violence: comme si elle était possédée par une force extérieure.

Les traumas composent le coeur du récit. Comment renouer avec la vie normale après avoir vécu l'enfer? Peut-on se détacher de son passé et aspirer à un peu de quiétude? La pauvre Katie retrouve ses proches et soigne ses plaies dans une demeure magnifique. Sauf qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Les fondations de ce lieu sont trompeuses et la victime instable se retrouve rapidement à errer dans les murs de la maison. Mais au lieu de traiter des tabous familiaux et autres thèmes importants, le scénario de Cronin finit par partir en vrille.

Plus le film avance et plus il devient grotesque, risible et aberrant. Ce croisement entre The Exorcist et The Conjuring (son créateur James Wan agit ici en tant que producteur) finit par se perdre entre l'Égypte et les États-Unis dans des sous-intrigues sans queue ni tête. Le suspense en place est même éventré par une cassette vidéo qui explique tous les tenants et aboutissants. Pourquoi les forces du mal laisseraient une telle preuve derrière?

L'intrigue n'est évidemment qu'un prétexte à une surenchère d'effets gores et de moments complètement cinglés (le plus mémorable se déroulant après la mort d'un personnage secondaire). Le cinéaste mise sur le sadisme et le dégoût pour marquer les esprits. Il est d'ailleurs prêt à tout pour traumatiser les spectateurs, abusant des dents qui tombent, des langues mutilées et, surtout, des ongles arrachés. Coeur et estomac sensibles s'abstenir. La mise en scène enviable n'est toutefois pas exempte de clichés - sursauts gratuits, utilisation sommaire de l'ombre, effets sonores appuyés - et elle rappelle la marque de commerce de son omniprésent producteur Jason Blum.

Inégal est le mot d'ordre de cette création qui amalgame difficilement le psychologique et le fantastique. Entre l'introduction inopérante et la conclusion bâclée émane un divertissement diablement efficace qui, à défaut de faire peur, ne manquera pas de faire réagir. Puis soudainement, à mi-chemin, le jeu de massacre débute et l'humour noir triomphe, emportant avec elle une partie de l'intérêt. Tout aussi inégale est la performance des comédiens. Natalie Grace est stupéfiante en possédée et Laia Costa confirme tous les espoirs fondés en elle depuis l'hallucinant Victoria. Sauf que les autres acteurs peinent à convaincre, notamment Jack Reynor (Midsommar) en père dépassé par les événements et May Calamawy (de la série Moon Knight) en policière tenace. Ce sont pourtant eux qui sont censés véhiculer l'émotion qui manque cruellement à l'appel.

Si Lee Cronin's The Mummy ressuscite sans mal une franchise devenue moribonde, l'embaument ne convainc qu'à moitié et il se vautre rapidement dans les lieux communs, ressemblant trop à n'importe quel long métrage d'exorcisme et même à Evil Dead Rise. L'effort a toutefois le mérite d'aller au bout de sa folie et de répugner jusqu'aux os. Il demeure surtout moins catastrophique et plus amusant que le récent Dracula de Luc Besson qui représentait tout ce que le film de monstre devait éviter.