Sam Raimi prend une pause des superproductions impersonnelles pour renouer avec ses premiers amours: le film trash et violent. Send Help ne sera sans doute jamais culte comme Evil Dead II, mais il comporte une folie qui s'avère souvent délectable.
Linda Liddle (Rachel McAdams) est sans doute l'employée la plus compétente et dévouée de sa compagnie. Elle est toutefois prise de haut par son nouveau patron sexiste (Dylan O'Brien) qui a hérité du poste parce qu'il est le «fils de». Après un accident d'avion, ils se retrouvent les seuls survivants sur une île perdue. Rapidement, leur dynamique se renverse et Linda peut enfin goûter à un peu de pouvoir...
Cette histoire semble familière? C'est qu'il s'agit d'un ersatz du troisième segment de Triangle of Sadness, la comédie décapante de Ruben Östlund qui s'est mérité la Palme d'Or en 2022. Humiliée par les convives huppés d'un yacht de luxe, une préposée à la propreté finissait par se venger, car elle était la seule à pouvoir trouver de la nourriture et alimenter le feu. Le scénario de Send Help lourdement écrit par Damian Shannon et Mark Swift (à qui l'on doit les piètres Baywatch, Freddy vs. Jason et la version de 2009 de Friday the 13th) reproduit les mêmes modèles de luttes de classes entre dominant et dominé, patron et employé, homme et femme, riche et pauvre. La nature humaine est parfois plus sauvage que celle de la jungle et les privilégiés risquent de passer un mauvais quart d'heure.
La critique du capitalisme est lourdingue et le long métrage ne s'embrasse d'aucune subtilité. Tout est vulgaire, grotesque et appuyé. Ce registre est exacerbé par la présence de Sam Raimi qui mise tout sur la satire, au point d'en oublier le suspense, l'horreur, l'aventure et la survie. Send Help prend donc la tangente de la comédie complètement poussive et cinglée, où les malaises sont rois. La première scène d'action, représentative de ce que son auteur faisait dans les années 80, donne le ton à l'ouvrage. L'accident d'avion prend rapidement des airs d'une série B gore et hystérique qui fait hurler de rire.
Une fois les deux pieds sur terre, le film perd quelque peu de son mordant, de son outrance et de sa démesure. Surtout si on le compare au similaire Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été (1974) de Lina Wertmüller qui était beaucoup plus subversif. L'humour y est inégal et les situations s'étirent. Le récit faussement irrévérencieux évolue sans logique apparente, si ce n'est celle de vouloir surprendre le spectateur en alignant les séquences qui dépassent l'entendement. Le cinéaste offre des clins d'oeil à ses Spider-Man et à son délicieux Drag Me to Hell à l'aide d'une longue scène de vomi. Ses intentions sont toutefois trop apparentes dans son désir de recréer la magie qui opérait il y a quatre décennies avec Crimewave et Evil Dead. Le tout est palpable lors de l'affrontement entre l'héroïne et un verrat. À une autre époque, Raimi aurait utilisé des effets spéciaux pratiques et la confrontation aurait été mémorable. Aujourd'hui, il se contente de CGI et le résultat est indigeste.
La plus grande audace du long métrage est d'avoir misé sur Rachel McAdams. L'actrice découverte dans Mean Girls a toujours été associée au registre romantique (avec The Notebook et autres The Vow), si ce ne sont quelques escapades remarquées du côté du drame comme dans Spotlight. Le metteur en scène qui l'a dirigé dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness a vu autre chose en elle, comme ce fut le cas de Wes Craven en 2005 avec son mésestimé Red Eye. Tant mieux pour nous, car on serait passé à côté d'une mine d'or qui mérite seulement d'être exploitée. À priori, le personnage qu'elle incarne est exaspérant. Il passe son temps à gesticuler et à se mettre dans l'embarras, notamment dans sa façon d'afficher son amour pour la série Survivor. Peu à peu, il finit par prendre de la consistance et à perdre la tête, ressemblant à un mélange entre Kathy Bates dans Misery et Bruce Campbell - l'acteur fétiche du cinéaste - de la trilogie Evil Dead. À ses côtés, Dylan O'Brien, irrésistible dans Twinless, est parfait en supérieur acariâtre et imbu de lui-même, dont les tours de manipulation ne passent pas inaperçus.
Sadique et ludique tout à la fois, Send Help s'avère un divertissement souvent amusant où l'hémoglobine coule à flots. Si Sam Raimi tend à se parodier et qu'il avait pu pousser la noirceur encore plus loin, ses fans seront ravis de le voir se défouler - à l'image de sa protagoniste - après avoir servi de simple exécutant sur des productions indignes de son talent.
