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Anna Kiri
Acceptable
Acceptable

Un film inégal mais visuellement envoûtant

Si Anna Kiri s'appuie sur une bonne idée, l'exécution est inégale. Des éléments invraisemblables font décrocher de l'histoire qui s'éparpille, ce qui finit par caricaturer le propos.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français

Six ans après Wolfe, l'actrice Catherine Brunet et le réalisateur Francis Bordeleau se retrouvent, cette fois pour un projet qui, s'il est ambitieux, a des lacunes qui l'empêchent d'atteindre son plein potentiel. L'idée de base d'Anna Kiri est bonne : une jeune femme vivant de petits crimes avec son frère (Maxime de Cotret) et leurs deux amis, rêve de s'affranchir de ce milieu qui la retient de réaliser ses rêves. Le personnage rappelle un peu la narratrice du roman La version qui n'intéresse personne d'Emmanuelle Pierrot, une marginale parmi les marginaux. Elle consigne toutes ses pensées dans son cahier qu'elle emmène partout où elle va. Un jour, il est trouvé par un professeur de littérature (Fayolle Jean) qui l'incite à entreprendre des études à l'université et la prend en quelque sorte sous son aile.

« Anna Kiri », jeu de mots avec « hara-kiri », cette méthode de suicide japonaise qui consiste à s'ouvrir le ventre avec un sabre ou un poignard. Parce que l'écriture est une méthode pour Anna de vider ses tripes, de dire tout ce qu'elle ne peut pas dire à haute voix à son frère, à ses camarades. Tout au long du film, Anna lit son cahier en narration hors champ. Ses propos nous apparaissent inachevés et il est difficile de croire que tout le milieu littéraire ait pu voir en elle le prochain prodige.

Le monde duquel Anna provient en est un très sombre, rempli de violence. Il y a des meurtres, du sang, des fusils, de la pauvreté, et rien n'est particulièrement caché. Pourtant, la petite bande a l'impression de vivre une certaine forme de liberté, loin des contraintes et des préoccupations de la société qui ne souhaite pas les connaître et encore moins les comprendre. Des images d'archive de révolutions historiques sont superposées au récit que fait Anna de sa vie, ce qui ajoute une dimension poétique à l'oeuvre. Des dessins apparaissent aussi par-dessus les scènes, une touche ludique qui montre le point de vue de la protagoniste.

Anna finit par rencontrer l'Éditrice avec un grand E (Caroline Néron), celle qui, vraisemblablement, a le pouvoir de faire de quelqu'un une star littéraire (ou pas). Encore une fois, le film perd de la crédibilité quand il est question de littérature : la rencontre au sommet où on retrouve un auteur ayant reçu le prix du Gouverneur général, un autre ayant reçu le prix Médicis et la présidente du Conseil des arts et des lettres dans la même pièce pour parler du récit d'Anna (qu'elle a à peine écrit, encore moins publié) et de son avenir dans le milieu littéraire est incroyable. C'est également à ce moment que les deux mondes convergent, celui de la vie clandestine et celui des gens ordinaires, ce qui ajoute une couche d'invraisemblable, d'autant plus que la logique du film ne permet pas d'expliquer ce croisement.

La distribution est, comme le scénario, inégale. Catherine Brunet et Maxime de Cotret, habitués à ce genre de rôle, portent le film sur leurs épaules. Surprise de la part de Charlotte Aubin, qui nous offre le personnage le plus rafraîchissant dans ce monde morose, avec un je-ne-sais-quoi d'Harley Quinn. On en aurait pris plus. Le talent de Fayolle Jean est, quant à lui, sous-utilisé. Les autres personnages, plus secondaires – on pense à ceux de Rosalie Bonenfant, Anne-Marie-Cadieux et Benoit McGinnis par exemple –, ne semblent pas jouer dans le même registre.

Malgré tout, la fin est satisfaisante. On va voir Anna Kiri pour la beauté de la photographie et l'audace sur le plan formel, moins pour l'histoire en tant que telle.