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Hokum : la sorcière
Très bon
Très bon

Enfin un suspense occulte qui fait frissonner

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur les auberges hantées. Avec Hokum, le réalisateur irlandais Damian McCarthy plonge un Adam Scott à contre-emploi dans un cauchemar psychologique étouffant, rappelant que la véritable horreur se cache dans les ombres de notre esprit.

Contenu de la critique

Pré-bande-annonce en français  © Entract Films

De nouveaux maîtres de l'horreur sont confirmés chaque année. En 2025, ce fut le cas de Zach Cregger (avec Weapons) et des frères Philippou (grâce à Bring Her Back). Si l'on aborde déjà le nom de Lee Cronin (Evil Dead Rise) depuis sa nouvelle version de The Mummy, il faudrait s'intéresser de toute urgence à son collègue irlandais Damian Mc Carthy qui confirme avec Hokum son appartenance à ce club sélect.

Damian Mc Carthy n'est pas le cinéaste le plus flamboyant. Il ne tombe pas dans le gore ou la farce pour épater la galerie. Quiconque a pu voir ses précédents Caveat, et, surtout, son terrifiant Oddity, a pourtant pu se familiariser avec son immense talent. À partir de figures et de motifs qui sont devenus clichés dans le cinéma d'horreur, il arrive à se les approprier afin de créer quelque chose d'étrange qui sort allègrement des sentiers battus.

C'est le cas de Hokum. Sur papier, les lieux communs abondent. Un romancier à succès (Adam Scott) façon Stephen King se retrouve dans une auberge perdue au fond des bois qui pourrait bien être hantée par une sorcière. Ce conte folk a déjà été vu des dizaines de fois. Il est cependant toujours possible de surprendre: en multipliant, par exemple les personnages insaisissables, en ne lésinant par sur les ellipses et en épaississant le mystère.

Le récit gothique mise sur une assise psychologique et émotionnelle qui est à la mode dans le genre depuis plus d'une décennie (et qui coïncide avec le terme «elevated horror» associé au populaire studio A24). Notre héros traîne un trauma qui le hante depuis son enfance. Sa mère est morte brutalement et il doit faire le pas avec le passé. Tout ce qui arrive pourrait donc être une métaphore freudienne de cette souffrance qui le ronge.

Le réalisateur et scénariste traite toutefois cet élément comme un simple aspect de l'ouvrage. Ce qui l'intéresse est de forger l'ambiance la plus inquiétante, développer l'atmosphère la plus insoutenable. Il y arrive en jouant avec la profondeur de champ, en faisant surgir le Mal des ténèbres invisibles et claustrophobiques. Des sursauts rarement gratuits où la musique de Joseph Bishara (adepte de James Wan) glace le sang.

La présence d'Adam Scott n'est pas anodine. L'acteur si drôle et attachant apparaît ici irascible et à contre-emploi. Il représente la raison qui sera confrontée au fantastique. À l'instar du cinéma de Shyamalan, la croyance mène le bal et elle sera source de cauchemars ou de clémence. L'important n'est pas de savoir si un événement se déroule ou pas, mais de quelle façon cette prétendue illusion module l'intrigue et les personnages.

Le tout est palpable dans l'élaboration de l'auberge. Elle semble émerger d'un bois sans fin. Il est facile de se perdre dans ses détours labyrinthiques et l'accès à sa suite située au sommet est interdit. On ne parle même pas du sous-sol... L'établissement se décode ainsi de manière psychanalytique, comme chez David Lynch ou Satoshi Kon, se rapprochant du mythique The Shining sans pour autant tomber dans l'hommage ou la redite.

Troisième film de «sorcières» à prendre l'affiche dans les dernières semaines après l'étonnant Hunting Matthew Nichols et le flamboyant Mother Mary, Hokum arrive à renouveler une proposition éprouvée en misant sur une mise en scène assumée de main de maître, un humour décalé et quelques surprises. L'ensemble fait surtout bien peur, ce qui n'est presque plus la norme dans les productions horrifiques contemporaines.