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Affiche du film A bicyclette!
À bicyclette!
Bon
Bon

À vélo sur la route du deuil et de l’amitié

Entre documentaire et comédie dramatique, À bicyclette! trace le portrait tendre et cabossé de deux amis qui pédalent pour revivre un voyage et rallumer la mémoire d’un fils disparu. Une bromance inattendue, portée par l’humour de Philippe Rebbot et la pudeur de Mathias Mlekuz.

Contenu de la critique

Bande-annonce en français  © Entract Films

Documentaire? Comédie dramatique? À bicyclette! refuse les étiquettes et avance à son rythme, comme ses deux protagonistes sur les routes sinueuses de l’Europe.

Réalisé par l’acteur et cinéaste français Mathias Mlekuz, le film raconte un périple de cinq semaines à vélo – de La Rochelle à Istanbul – entrepris avec son ami de longue date, le comédien et scénariste Philippe Rebbot. Mais derrière l’aventure « sportive » se cache un projet bien plus intime : refaire le trajet de Youri, le fils de Mlekuz, disparu tragiquement en 2022… et en faire un film.

Ce road movie hybride conjugue rires et silences, paysages et confessions, souvenirs et improvisations. Les dialogues, souvent nés sur le vif, offrent les plus beaux moments : de la poésie désarmante (« Les mots sont des fleurs de néant, je t’aime », citation de Richard Brautigan) à la philosophie de comptoir (« La joie, on la trouve sur le chemin »), en passant par des réflexions à la fois drôles et tristes (« Ça fait chier que [Youri] nous ait donné une leçon comme ça, mais c’est une leçon »).

La force du film réside dans la complicité naturelle entre Mlekuz et Rebbot, nourrie par 20 ans d’amitié. Rebbot, avec sa nonchalance et son humour absurde et tendre, équilibre la retenue de Mlekuz, qui porte le poids du deuil sans jamais sombrer dans le pathos. Les moments les plus savoureux ne sont pas ceux où l’on pédale – et il y en a finalement peu – mais ceux où l’on s’arrête : une pause autour d’un rosé, un échange avec une hôte Airbnb improbable, un quiproquo linguistique.

Tourné avec une équipe réduite et une lumière minimaliste (six néons!), le film privilégie l’authenticité. Certaines séquences sont pourtant très scénarisées (comme cette scène à Vienne improvisée par une amie comédienne), mais elles s’intègrent bien au récit. L’absence d’un scénario rigide (trois pages seulement!) donne au film une liberté qui, parfois, se retourne contre lui : quelques longueurs et transitions abruptes rappellent qu’improviser, c’est aussi accepter le déséquilibre.

Visuellement, la route offre son lot de cartes postales : villages pittoresques, plaines interminables, églises ostentatoires. Mais l’esthétique reste simple, au service de l’histoire humaine plutôt que de la performance « sportive ». (Vous vous demandez pourquoi j’ajoute constamment les guillemets à « sportive »? Eh bien… Rebbot porte plus souvent le veston que le cuissard, on prend parfois le bus pour éviter trop de kilomètres, et les sacoches des deux amis contiennent davantage de vin que d’eau. On repassera pour l’exploit athlétique…)

On pardonne, parce que ce n’est pas un film sur le vélo. Et ni vraiment sur le deuil. C’est un film sur l’amitié comme dernier refuge, et sur la façon dont un chemin parcouru à deux peut aider à traverser la plus douloureuse des absences.

On pourrait reprocher à Mlekuz de ne pas creuser certains moments-clés, de rester pudique là où l’émotion brute aurait pu jaillir. Mais cette retenue, presque maladroite, fait aussi partie du charme : À bicyclette! ne cherche pas à délivrer une grande leçon de vie. Il se contente d’accompagner, de pédaler côte à côte, et de nous rappeler que « l’accomplissement, tu le sais une fois que t’es mort ».

Un film qui donne envie de retrouver un ami, d’ouvrir une bouteille et de se laisser porter par la route… même sans savoir où elle mène.