En voilà un projet qu’il est atypique! Que l’on pourrait même classer dans la catégorie des OFNI (Objet Filmique Non Identifié). Ce genre de film qui ne ressemble à pas grand-chose de connu et qui peut aussi bien être hermétique et réservé à un public averti ou alors fédérateur et être ouvert à tous. « À bicyclette! » fait indubitablement partie de la seconde catégorie tant il développe un esprit feel good prompt à rassembler toutes les catégories de spectateurs. C’est le genre de moment cinéma qui fait du bien et qui donne le sourire aux lèvres lorsqu’on sort de la salle.
La genèse du film en soi est très particulière. L’acteur Mathias Mlekuz a perdu son fils d’une mort tragique puisque celui-ci s’est suicidé. Clown de métier, ce jeune homme parti à vingt-huit ans avait fait un long périple à vélo à travers l’Europe. Pour lui rendre hommage tout autant que – de son propre aveu – se rapprocher de lui d’une certaine manière, il décide de refaire ce périple jusqu’à Istanbul là où se trouve le dernier amour de son défunt fils. Son ami, l’acteur Philippe Rebbot, décide de l’accompagner et lui glisse l’idée d’en faire un film. Et voilà que débarque « À bicyclette! » ...
Second couteau du cinéma français et acteur récurrent de série et téléfilm, Mlekuz en est à son second film après un premier essai passé relativement inaperçu i y a cinq ans « Mine de rien ». Avec cette œuvre inclassable qui prend la forme d’un documentaire avec des touches de fiction, il se met à nu et fait son deuil de manière totalement impudique sans que ce soit gênant ou voyeuriste. C’est comme s’il conviait tous les spectateurs faisant l’effort de venir voir le film à l’aider à dire adieu à son fils. Une sorte de thérapie par l’outil cinématographique complètement inédite. La démarche pouvait sembler étrange et elle fait beaucoup de sens une fois à l’écran.
Reste que le procédé est parfois boiteux. En effet, dans cet hybride de fiction inspirée de la réalité à vélo et de l’émission « J’irai dormir chez vous », avec une touche de tragédie vu le but du trajet, on aurait peut-être préféré que les deux hommes se filment pour plus de naturel dans le dispositif. Ici, comme on sait qu’une équipe, aussi minime soit-elle, est de la partie, cela enlève (un peu) de l’authenticité recherchée du projet. On hésite même à savoir si ce qu’on voit résulte d’une première prise à chaque fois ou si c’est joué plusieurs fois tout comme on se demande si tout est improvisé ou qu’une partie est écrite.
Le film a le mérite d’être court et diversifié dans ces micro-péripéties. On a donc juste le souci de se demander à chaque fois si elles sont vraiment le fruit du hasard. « À bicyclette! » alterne de manière poreuse la fiction et le documentaire, c’est pourquoi on ne parvient pas toujours à appréhender le dispositif mais on se laisse aisément charmer par cette succession de moments amusants, de séquences touchantes et les belles réflexions sur la mort, le manque et la vie qui égrainent le film. Bien sûr, certains passages sont plus réussis et/ou intéressants que d’autres mais cela reste un film hors du commun qui fait son petit effet malgré ses défauts et incongruités.
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