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Affiche du film Un voleur sur le toit
Un voleur sur le toit
Très bon
Très bon

Channing Tatum au sommet de son art

Roofman est sans doute l'un des films les plus étonnants de l'année. Une farce loufoque qui se transforme sans cesse, devenant tantôt sociale tantôt sentimentale, mais qui demeure toujours pertinente dans sa façon d'aborder d'importants enjeux de société.

Contenu de la critique

Bande-annonce en anglais 2

L'histoire du cinéma est ponctuée d'invraisemblables histoires vraies. Celle derrière Roofman est certainement l'une des plus incroyables.

On y fait la connaissance de Jeffrey Manchester (Channing Tatum), un ancien Ranger de l'armée reconverti en voleur au grand coeur. Entrer par infractions par les toits n'a plus de secret pour lui. Après avoir braqué pas moins de 45 McDonald's et quelques Burger King, il s'est échappé de prison pour se réfugier secrètement dans un Toys ''R'' Us. Il a pu s'y cacher pendant des mois en se nourrissant principalement de M&M et en vendant des jeux vidéo afin de se faire un peu d'argent.

Derrière sa facette sucrée de simple divertissement, le film questionne avec acuité le rêve américain. Il y a une pression immense d'être comme les autres, surtout auprès de ses enfants. Tout est possible pour devenir un héros à leurs yeux, même commettre des larcins. Comme si la valeur d'une personne se mesurait au nombre de cadeaux offerts. Jeffrey tombe dans le panneau du matérialisme et il vole pour se faire aimer de son entourage, mettant le pied dans un engrenage qui finira par le broyer. Personne ne peut avoir le dernier mot face au capitalisme et le scénario absurde et ingénieux à la fois le rappelle en s'attaquant notamment à une institution sacrée: un grand magasin de jouets pendant la période de Noël.

Bien que le script amène une complexité aux situations en place, il a laissé toute la noirceur et les zones grises au vestiaire. On ne remet pratiquement jamais en question les actions du protagoniste, qui apparaît à la fois comme quelqu'un d'intelligent et de stupide. Sa sincérité ne fait aucun doute, même s'il est impulsif et prend souvent de très mauvaises décisions. Cette empathie totale permet évidemment de prendre parti pour Jeffrey, sauf que le manque de nuances finit par rattraper le récit.

Cela n'empêche pas Channing Tatum de livrer une performance étincelante, une de ses plus fascinantes en carrière. L'acteur que l'on n'a jamais exploité à son plein potentiel (si ce n'est dans Foxcatcher, Blink Twice et quelques créations de Steven Soderbergh) trouve un rôle en or qui lui permet de briller. On dirait parfois un enfant emprisonné dans un corps d'homme, rappelant par moment la prestation de Tom Hanks à l'époque de Big. Son charisme est tellement fort qu'on serait prêt à le suivre jusqu'au bout du monde.

Il fallait un comédien d'exception pour être à l'aise dans tous les registres explorés par le long métrage. À priori, il s'agit d'une satire de la société de consommation. Une comédie plutôt jouissive où l'interprète doit presque tout à son jeu physique. Peu à peu, l'ensemble prend la forme d'une romance mignonne et attendrissante. Encore là, cela fonctionne sans problème tant la chimie est palpable entre Tatum et Kirsten Dunst. Pourtant, si on y rit beaucoup, une mélancolie se fait rapidement ressentir et elle explose lors de séquences plus dramatiques.

Les cinéphiles seront sûrement surpris d'apprendre la présence de Derek Cianfrance derrière la caméra. Le cinéaste n'avait rien tourné pour le cinéma depuis son mélo à l'ancienne The Light Between Oceans en 2016 et sa nouvelle réalisation n'a certainement pas l'étoffe de son bouleversant Blue Valentine et la virtuosité de son ambitieux The Place Beyond the Pines. On y retrouve toutefois ses obsessions (famille, culpabilité, rédemption, fatalité) et son désir d'explorer de nouveaux genres. Comme quoi il est possible d'être ludique tout en abordant des sujets essentiels. Surtout que sa mise en scène vivante, ponctuée de ralentis évocateurs et portée par une trame sonore omniprésente, se veut dynamique à souhait.

Roofman est sans doute l'un des films les plus étonnants de l'année. Une farce loufoque qui se transforme sans cesse, devenant tantôt sociale, tantôt sentimentale, mais qui demeure toujours pertinente dans sa façon d'aborder d'importants enjeux de société. La magie opère principalement grâce Channing Tatum et si l'effort aurait pu être encore plus profond, il est plutôt difficile de bouder son plaisir.