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Affiche en français du film Michael
Michael
Très bon
Très bon

Le roi de la pop est mort, vive le roi!

Avec Michael, le réalisateur Antoine Fuqua s’attaque à un mythe plus grand que nature... au risque, peut-être, de ne jamais pouvoir en saisir toute la complexité. Pourtant, le film ravive indéniablement le plaisir de redécouvrir son œuvre, porté par les performances remarquées de Jaafar Jackson et Colman Domingo.

Contenu de la critique

Bande-annonce officielle en français

Sortir du cinéma. Monter dans la voiture et écouter Michael Jackson sur la route, bien sûr. Arriver à la maison. S’installer pour écrire cette critique et replonger (encore) dans ses grands classiques.

Voilà l’effet du film Michael : une confirmation de l’intemporalité de ses chansons, une fascination renouvelée pour l’ampleur de son talent… mais aussi une véritable sympathie pour l’homme derrière ces nombreux succès planétaires.

Réalisé par Antoine Fuqua, Michael emprunte une structure très classique des biopics récents dont, Bohemian Rhapsody, Rocketman ou Elvis: enfance difficile, ascension spectaculaire, quête d’émancipation. Surprenant? Nullement. Efficace? Totalement.

Le film ne couvre qu’une portion de la vie du roi de la pop : de 1966 à 1988. On débute dans les années Jackson 5, marquées par l’emprise d’un père autoritaire et violent. Joseph Jackson, brillamment incarné par Colman Domingo (nominé pour un Oscar en 2023 pour sa performance dans Sing Sing) impose une tension constante, révélant à quel point le génie de Michael Jackson s’est construit dans la peur et la discipline malsaine. Dès lors, une question s’impose : que reste-t-il d’un enfant à qui l’on a tout demandé… sauf d’être un enfant?

Cette idée traverse tout le film. Elle se manifeste dans l’amour de Michael pour les animaux (déjà très jeune, il adopte des paons, une girafe, un lama et le célèbre Bubbles, chimpanzé qui l’accompagnera presque toute sa vie…), mais surtout dans cette fascination pour Peter Pan, figure de l’enfance éternelle, refuge imaginaire d’un artiste incapable de grandir autrement. Le film porte d’ailleurs une sensibilité réelle envers l’enfance volée et la solitude de l’artiste, qui donne au récit ses moments les plus émouvants.

Mais là où le film s’élève réellement, c’est dans ses scènes de création. Les moments en studio (notamment autour de Don’t Stop ’Til You Get Enough, tirée son premier album solo, Off the Wall) sont parmi les plus réussis. On assiste à la naissance d’un son, d’un rythme, d’une énergie. On comprend, enfin, ce qui distingue Michael Jackson : une capacité presque instinctive à transformer chaque pulsation en émotion collective.

Ses inspirations (Charlie Chaplin, Fred Astaire) nourrissent sa gestuelle unique entre précision chorégraphique et poésie du mouvement. Et lorsque surgissent les moments mythiques (le Moonwalk, le vidéoclip Thriller, l’ère Bad) le cinéma devient spectacle. Et le spectacle, on le vit presque. Impossible de ne pas souligner la performance impressionnante de Jaafar Jackson, neveu de Michael Jackson (fils de Jermaine Jackson), qui fait ici ses débuts au cinéma et incarne son oncle avec une ressemblance troublante, tant dans la voix que dans la gestuelle, une interprétation à la fois habitée et techniquement impressionnante (quels déhanchements!).

Comme souvent dans les biopics, on privilégie malheureusement l’hommage à la complexité. Les zones d’ombre sont effleurées, les contradictions à peine explorées. La quête de perfection, les transformations physiques, les ambiguïtés du personnage… tout est là, mais rarement approfondi. Un peu plus de deux heures pour raconter l’ascension fulgurante d’un enfant prodige devenu icône mondiale… et malgré cette durée déjà imposante, on en aurait pris davantage au bénéfice de la complexité du personnage. Parce qu’au-delà du mythe, c’est le parcours d’un artiste inépuisable que le film effleure parfois trop rapidement. Parce que comprendre Michael Jackson, ce n’est pas seulement admirer son génie. C’est aussi oser regarder ses fissures.

Michael est un film qui parvient tout de même à faite vibrer, porté par une musique intemporelle qui rappelle pourquoi Michael Jackson demeure une figure incontournable de la culture populaire. Pour celles et ceux qui croient encore que la musique peut rassembler (et faire danser!) le monde entier.