On a beaucoup entendu parler du film Folichonneries dans les médias ces dernières semaines. Plusieurs entrevues, plusieurs articles et les comédiens principaux sur toutes les tribunes… On avait donc évidemment hâte de découvrir cette proposition érotico-rigolote sur nos écrans. Mais voilà, comme si les préliminaires avaient été trop longs, on dirait bien que le coït fut (fort malheureusement!) un peu interrompu... Car malgré ses qualités indéniables (jeu solide, dialogues fins, volonté d’aborder frontalement l’intimité conjugale), Folichonneries est audacieux dans ses thèmes, sincère dans ses intentions, mais inégal dans son exécution.
Confrontés à l’essoufflement de la routine, François (Eric K. Boulianne, également co-scénariste et réalisateur) et Julie (excellente Catherine Chabot) décident d’ouvrir leur couple. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle demeure fertile cinématographiquement. En effet, Folichonneries s’inscrit dans une réflexion très contemporaine sur les relations amoureuses, le désir, l’usure du quotidien et cette quête parfois confuse d’un renouveau affectif et sexuel.
Structuré en plusieurs actes (dans tous les sens du terme!), Folichonneries explore d’abord d’intéressantes questions sur la monogamie, puis glisse vers des expériences sexuelles plus créatives : échangisme, polyamour, latex, BDSM… Le film prend alors la forme d’une comédie dramatique intimiste, davantage portée par l’observation que par l’humour (car, malgré l’étiquette, on rit très peu).
Les premières expériences, les doutes, la curiosité, la vulnérabilité : tout cela donne lieu à de beaux échanges, parfois touchants, souvent lucides. Chapeau à Eric K. Boulianne qui signe un scénario où les dialogues sont très pertinents, particulièrement dans la première partie, où les échanges du couple sonnent vrai. On y reconnaît cette réalité bien actuelle : des partenaires qui s’aiment, mais qui se sont un peu perdus entre la famille, les projets personnels, la routine et les non-dits.
Si l’idée d’ouvrir le couple émerge comme une tentative (peut-être maladroite) de raviver quelque chose entre François et Julie, on devine dès le départ que l’évolution des deux personnages principaux deviendra déséquilibrée dans cette aventure. Là où l’un semble sombrer dans une détresse psychologique plus profonde, l’autre vit une forme d’éveil personnel et affectif. Ce contraste soulève, encore une fois, des questions pertinentes sur l’identité, le désir et la quête de soi, mais le film peine à en dégager une véritable ligne directrice. Quelle est la morale de l’histoire? Faut-il se méfier de ses désirs? Oser les explorer? Accepter l’inévitable transformation des couples?
Toutes ces questions, vous vous les poserez assurément à la sortie de la salle. Les réflexions que vous aurez sur les relations amoureuses contemporaines seront pertinentes, peut-être même confrontantes. Les débats que vous engagerez (en couple ou entre amis) seront aussi fort probablement animés. Et n’est-ce pas là le pouvoir et la beauté du cinéma?
Rares sont les films québécois qui osent s’aventurer aussi frontalement dans ces zones intimes, souvent tues, parfois taboues. Même imparfait, Folichonneries a le mérite d’ouvrir des brèches, de provoquer des débats et de bousculer certaines certitudes. Et rien que pour cela, il mérite d’être vu et surtout discuté.
