Le réalisateur Luca Guadagnino nous a donné des films mémorables, dont les irrésistibles Call Me By Your Name et Challengers. Cette fois, il propose un drame psychologique qui tend maladroitement vers le suspense. Le film raconte l'histoire d'une professeure de philosophie (Julia Roberts) à l'université, qui se retrouve tiraillée entre sa meilleure élève (Ayo Edebiri), qui lui confie s'être fait agresser par son supérieur, et son collègue (Andrew Garfield), qui insiste sur le fait qu'il n'a jamais posé de tels gestes et que la jeune femme a tout inventé. La situation force Alma à replonger dans son passé trouble et ravive de douloureuses blessures.
Luca Guadagnino s'attaque à des sujets d'actualité délicats et soulève des questions litigieuses : doit-on toujours croire la victime d'emblée? La victime peut-elle être le présumé agresseur? Comment une institution doit-elle réagir à de telles accusations? Comment faire jaillir la vérité? Pendant les 2 heures 19 que dure le long métrage, on se demande qui est le plus honnête dans cette histoire? C'est d'ailleurs cette interrogation qui nous tient en haleine et nous permet de rester connectés à l'intrigue. Parce que, malheureusement, en voulant être édifiant, on finit par devenir abrutissant.
Les personnages sont tous des intellectuels, se complaisant dans leur savoir et leur vertu. Oui, il y a certainement quelque chose d'intéressant à placer ce genre d'érudits dans un contexte d'abus et d'inconduites sexuels, mais leur vocabulaire savant et leurs manières nobles finissent par devenir lassants. Impossible de s'attacher à de tels individus. Surtout qu'on ne nous donne jamais accès à la vérité ou du moins, pas sans une couche épaisse d'ambiguïté. Les questions éthiques qu'on ramène à la maison sont pertinentes, mais le fait de ne pas nous offrir de dénouement digne de ce nom teinte irrémédiablement l'importance qu'on y accorde. Autrement dit, on nous propose plusieurs avenues ingénieuses, mais toutes mènent vers une impasse.
La qualité des performances des acteurs dépasse largement celle de l'histoire. Julia Roberts est hypnotisante sous les traits de cette femme de pouvoir qui tient à garder sa place au sommet, coûte que coûte. De son côté, Andrew Garfield est arrivé à bâtir un personnage complexe, aussi charismatique que menaçant, puis Ayo Edebiri nous présente une jeune femme mystérieuse, à la fois forte et fragile, qui voue une admiration sans borne, voire malsaine, à sa mentore.
Difficile de ne pas voir une certaine prétention dans After the Hunt. Il existe certainement une version beaucoup moins pompeuse de ce film quelque part. Une version simplifiée qui aurait peut-être perdu de son lustre, mais qui aurait permis au cinéphile de mieux comprendre les intentions du chevronné réalisateur.
