Sans être un chef-d’œuvre où même le film de l’année, « Confessions » fait partie d’une catégorie noble mais qualitative qu’on appelle tout simplement les œuvres réussies en tous points. De celles qui vous happent dès les premières minutes et ne vous relâchent qu’à la toute fin. De ces longs-métrages qui n’ont rien d’extraordinaire de prime abord et qui vous font pourtant passer un bon moment de cinéma en respectant le spectateur et ce qu’il était venu voir. Un de ces films que l’on conseillera donc à posteriori et qu’il ne serait pas déplaisant de revoir lors d’une rediffusion télévisée ou d’une soirée entre amis si le thème du polar québécois s’avère plébiscité. Inspiré librement du livre narrant l’histoire du tueur à gages Gérald Gallant, l’un des - si ce n’est le - plus célèbres du Québec, Luc Picard nous emporte devant et derrière la caméra avec son film maîtrisé et captivant de bout en bout. Sans baisse de rythme, cette biographie d’un tueur à gages passionne et interpelle.
La Belle Province semble regorger de ces histoires vraies d’arnaqueurs (le récent « Norbourg »), de mafieux (Mafia inc.) et autres figures du crime. Le choix de Picard de se focaliser sur ce tueur à gages du crime organisé est une belle idée, son métier s’adaptant plutôt bien au cinéma. Mais c’est la dichotomie entre ce qu’il faisait réellement de sa vie et l’homme tout simple qu’il laissait paraître qui fait tout le sel de cette histoire. Et cela, Picard l’a bien compris et le rend parfaitement bien à l’écran. Si « Confessions » n’a pas le panache, l’ambition et l’ampleur du magistral « Mafia inc. » de Podz, il n’en demeure pas moins un petit coup de maître de la part de son auteur. Et son incarnation de ce tueur bègue est en tous points parfaite. L’acteur rend cet homme humain: tantôt drôle et tantôt triste, tantôt flippant et tantôt attendrissant, ce monsieur tout le monde est rendu crédible par le jeu du comédien réalisateur.
Car s’il brille devant la caméra, Picard est tout aussi impactant derrière. La reconstitution des années 90 et 2000 est discrète mais palpable. Et sa mise en scène feutrée et appliquée, doublée d’un montage malin et dynamique, fait le reste. Les constants allers et retours dans le temps nourrissent le récit de ce brigand arrêté bêtement en 2006. Plus qu’un gimmick tentant de rendre son film moins linéaire, chacune des séquences alimente la suivante de manière fluide et logique tout en rendant l’ensemble plus vivant. Les seconds rôles sont bien campés et assez originaux pour trancher avec la personnalité du personnage principal (mention spéciale à David La Haye en tueur gay et travesti à l’occasion). Des notes d’humour caustique adoucissent un peu la tonalité sombre de « Confessions » et sont bienvenues en plus d’être drôles et compensent les accès de violence secs et sans concessions. Des instants de vrai film noir à l’ancienne, laissant un goût de sang et une odeur de tabac froid à l’ancienne du meilleur effet. Ce portrait d’un tueur à gages coche toutes les cases d’un moment de cinéma réussi et sincère.
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