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Le chef-d'oeuvre littéraire Frankenstein de Mary Shelley n'aura jamais été aussi vivant. Après l'adaptation spectaculaire mais un peu trop lisse de Guillermo del Toro, place à celle particulièrement ambitieuse, chaotique et clivante de Maggie Gyllenhaal.
Contrairement au classique The Bride of Frankenstein (1935) de James Whale, la fiancée du titre (Jessie Buckley) occupe cette fois le haut du pavé. Ressuscitée par une mystérieuse scientifique (Annette Bening) pour briser la solitude du monstre Frankenstein (Christian Bale), elle se met à se questionner sur ses origines, se retrouvant rapidement pourchassé par les forces de l'ordre et des malfrats.
Ce qu'il faut retenir de The Bride!, c'est son point d'exclamation. Il correspond aux désirs de la cinéaste d'interpeller directement le cinéphile en provoquant des émotions fortes. Cinq années après The Lost Daughter, une transposition soignée quoiqu'un peu prétentieuse du roman d'Elena Ferrante, Maggie Gyllenhaal récidive avec un film punk. Une proposition intense, maximaliste et déjantée où le sexe et le sang coulent à flot. Un peu plus et on se croirait devant Wild at Heart de David Lynch et Natural Born Killers d'Oliver Stone. L'immense soin esthétique passe par l'hallucinante photographie gothique de Lawrence Sher (Joker) et la musique hantée d'Hildur Guonadottir (Joker, Women Talking).
Comme le succès surprise Sinners, le long métrage se déroule dans les années 1930 et il reprend les codes du film de gangsters. Et à l'image de la création de Ryan Coogler qui est nommée pour 16 oscars, il mélange les genres les plus disparates. Là s'arrêtent toutefois les comparaisons. Cette fois-ci, l'amalgame fragile comme son sujet ne fonctionne pas. Une symbiose entre la romance, le pastiche et l'horreur aurait sans doute tenue la route même si l'ensemble traîne en longueur. Sauf que le récit pâtit de son écriture écrasante et s'égare dans un labyrinthe dont la cohésion et le rythme laissent à désirer.
Comme Frankenstein aime les comédies musicales et qu'il se réfugie dans les salles de cinéma auprès de son idole (Jake Gyllenhaal en mode Fred Astaire), le scénario construit comme un opéra rock multiplie les numéros dansés et chantés, dont un hommage à l'inoubliable Young Frankenstein de Mel Brooks. Des moments ludiques qui sont souvent spectaculaires mais qui n'apportent finalement bien peu au final.
L'essai se veut également un film noir dans sa façon de jouer avec la moralité de ses anti-héros en cavale. Il s'agit d'un relecture de Bonnie and Clyde avec des poursuites et une conclusion sous fond de balles de plomb. Deux détectives (Peter Sarsgaard, Penélope Cruz) se joignent à l'intrigue et leurs rôles sont purement décoratifs. L'un regrette son passé et l'autre veut être prise au sérieux...
The Bride! revendique surtout son aspect féministe, qui apparaît selon le prisme de notre époque. Puisque tous les hommes sont méchants et manipulateurs, les femmes doivent se rebeller dans la violence. La fiancée symbolise cette lutte militante, elle qui tente d'éclaircir son amnésie et reconstruire son identité en s'émancipant. Sauf qu'après deux heures et des poussières à réclamer son indépendance, pourquoi alors la résumer à ses sentiments amoureux? Le Poor Things de Yorgos Lanthimos qui était également une variation du mythe de Frankenstein explorait cette dialectique avec beaucoup plus de nuances et d'ambiguïté.
Non seulement la mayonnaise ne prend pas, mais elle rappelle ce que beaucoup de cinéphiles voudraient oublier. The Bride! est construit selon le même moule outrancier que Joker: Folie à deux. Ses qualités et ses défauts sont identiques, avec ses échappées lyriques et ses partis pris grotesques, quoique le film maudit de Todd Phillips apparaît plus supportable que celui de Maggie Gyllenhaal. Excessif, il teinte même la performance de Jessie Buckley (Hamnet), généralement éblouissante mais qui s'avère vite irritante. Sa mariée prend tellement de place - et c'est l'un des objectifs du long métrage - qu'elle finit par reléguer Frankenstein et son étonnamment sobre Christian Bale au second plan.
Après le désastreux Wuthering Heights d'Emerald Fennell, c'est au tour d'un autre chef d'oeuvre littéraire d'être détourné de son essence au profit d'un puéril exercice de style qui est plus souvent exaspérant qu'amusant. À prendre ou à laisser, le baroque The Bride! ne manque pas d'idées séduisantes, mais il les exprime de façons bien maladroites. Comme si le film avait échappé à sa créatrice et qu'il tentait de prendre forme d'une manière comme une autre, envers et contre tous.