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Le film Nervures de Raymond St-Jean prend l'affiche ce week-end partout au Québec. Classé drame fantastique par la Régie du cinéma, avec une mention horreur, le long métrage échappe pourtant aux étiquettes, de l'aveu même de ses interprètes, rencontrés en entrevue.
« Je ne mettrais pas directement horreur. Pour moi, c'est comme une espèce de fable un peu fantastique autour des thèmes de la nature, de la vie éternelle, de la mort », explique Marie-Thérèse Fortin, qui incarne Thérèse, une mère malade prête à tout pour protéger sa fille. « Il joue avec les codes, il emprunte à différents codes. Mais ça a donné un tout qui se tient. »
Romane Denis, qui prête ses traits à Isabelle, abonde dans le même sens : « J'aurais tendance à dire que Nervures, c'est un mélange de genres. Moi, je l'ai plus vu comme un thriller avec des éléments de science-fiction. » Quant à Sylvain Marcel, qui campe l'inquiétant Hubert Toupin, il tranche avec humour : « Je n'aime pas les films d'horreur. Quand je vois un film d'horreur, je me dis : pourquoi ils descendent dans la cave? »
Six heures sur la chaise de maquillage
Les effets spéciaux pratiques occupent une place centrale dans Nervures, et Marie-Thérèse Fortin en a fait l'expérience de façon très concrète. « Ma transformation, ça a duré six heures sur la chaise, avec des artisans qui sont extraordinaires. J'ai pris des photos étape après étape. Je n'en revenais pas de ce qu'ils arrivaient à faire », raconte la comédienne, qui décrit la scène qui en découle comme un véritable choc. « De me voir comme ça, ça a été saisissant. Mais très le fun aussi. On est comme des enfants sur un plateau de tournage. »
Sylvain Marcel garde pour sa part un souvenir marquant des artisans derrière les créatures du film : « Le chien, par exemple, c'est hallucinant. Il y a quatre gars qui le manipulent, tout avec des câbles. Il tire sur un câble, les yeux s'ouvrent. »
Des scènes mère-fille confrontantes
Pour Romane Denis, le tournage a aussi été exigeant sur le plan physique, notamment lors d'une séquence où son personnage, presque paralysé, tente de fuir un danger. « C'était ramper, s'accrocher. Il faut qu'on sente toute la lourdeur d'un corps qui se traîne », confie-t-elle.
Mais ce sont les scènes de grande émotion avec Marie-Thérèse Fortin qui l'ont le plus remuée. « Je suis très proche de ma mère dans la vraie vie. C'est confrontant, parce que c'est une mère qui dépérit. C'est dur de jouer ce genre de scène-là, mais il y a un côté profondément libérateur qui fait beaucoup de bien. »
De son côté, Sylvain Marcel s'est régalé dans la peau d'un méchant pas comme les autres. « Ce n'est pas juste un méchant psychopathe. C'est quelqu'un qui est amoureux. Il fait des gestes très condamnables, mais d'une façon amoureuse. C'est l'amour qui le pousse à faire des choses horribles », analyse l'acteur, qui ne cache pas son plaisir : « J'adore jouer des méchants. C'est plus complexe, c'est plus tordu. »
Ouvrir la porte au cinéma de genre québécois
Les trois interprètes espèrent que Nervures contribuera à faire éclore davantage de cinéma de genre au Québec, un territoire encore peu exploré dans la production locale. « C'est comme si on laissait ça à Hollywood avec les grosses machines. Je pense que c'est assez heureux qu'on puisse développer cette forme d'écriture-là au cinéma québécois », souligne Marie-Thérèse Fortin.
Romane Denis y voit même une fonction sociale : « Les films d'horreur peuvent nous servir de miroir en tant que société. On pense à des films comme Get Out. Ça peut être une façon d'explorer, de tester nos limites. J'espère que ça va ouvrir la porte à d'autres projets du même genre. »
Et pour convaincre les indécis? La réponse de Romane Denis résume bien l'esprit du projet : « Nervures, c'est un film de chez nous, fait par des gens de chez nous pour des gens de chez nous, mais qui explore des trucs qui n'ont pas vraiment été explorés avant dans le cinéma québécois. »
Nervures de Raymond St-Jean est présentement à l'affiche partout au Québec.