Affiche du film  La purge : L'année électorale
© Universal Pictures

La purge : L'année électorale

Version en français
v.o.a. : The Purge: Election Year
2 juillet 2016

Une lutte sans classe

Photo Par Martin Gignac

Combien de suspenses horrifiques à succès ont donné naissance à des dérivés inutiles qui sentent et goûtent le réchauffé? Beaucoup trop. The Purge est le dernier exemple en date et la trilogie se termine avec l'épisode le plus faible du lot.

Tout avait pourtant si bien commencé sur le premier tome, efficace au possible. Une invasion de domicile qui donnait froid dans le dos et qui rappelait en moins subtil les Funny Games de Michael Haneke. Puis il y a eu Anarchy, une sorte de film choral qui se déroulait en pleine ville au lieu d'un seul endroit. Une production oubliable qui se laissait toutefois regarder sans ennui.

Tout le contraire de Election Year qui semble être une suite directe. Le héros est le même (l'imperturbable Frank Grillo), il y a toujours de nombreux personnages unidimensionnels et des réflexions "morales" (plus près de Saw que de Seven) sur la nécessité de tuer ou pas. Pour le reste, on se contente de piger à gauche et à droite dans les ersatz de Die Hard tels London Has Fallen, les vieux longs métrages de John Carpenter et le tour est joué.

Aussi imparfait était-il, Anarchy mettait la table à des résistants qui luttaient contre la purge, cet ignoble moyen de contrôle des riches sur les pauvres pour assurer la sécurité des États-Unis. Une idée qui n'est exploitée ici que trop timidement, n'arrivant qu'à mi-chemin du récit, perdue entre une tonne de fusillades. Pour une réelle réflexion sur la lutte des classes, il faudra repasser.

Un faux pas qui met en lumière ce qui ne va pas chez cette franchise. The Purge vise l'allégorie sociale en se vautrant malheureusement dans les clichés les plus éculés. L'effort fait tout pour paraître intelligent et songé alors qu'il n'est que lourd, démonstratif, vulgaire, primaire, manichéen et manipulateur.

Encore plus dans ce cas-ci avec une ambition démesurée qui n'apparaît que plus douteuse et qui ne fonctionne guère. On se rabat donc sur le bon vieux facteur "divertissement". Ce dernier s'avère cependant inopérant. À l'origine, il ne s'agit que de simples films d'exploitation comme il y en a tant. Sauf que l'humour est rare et la violence barbare réduite à sa plus simple expression pour rejoindre un public de 13 ans. Difficile de s'amuser en étant ainsi limité. Sans doute qu'il y a quelques moments plus suggestifs qui font largement sourire (comme ces filles échappées de Spring Breakers). Mais la majorité du temps, le résultat demeure inoffensif, pas aussi nihiliste que souhaité. Et il ne faut pas compter sur la réalisation faussement trash de James DeMonaco pour changer la donne, dont l'aspect documentaire est bien pâle à côté de celui du culte Medium Cool.

Avec son titre, The Purge: Election Year aurait dû coller davantage aux élections américaines. Sans devenir une grande fresque politique propre aux années 70, l'essai se devait de créer davantage de liens avec le réel, que ce soit la campagne de peur contre Hillary Clinton ou la difficulté de limiter l'accès aux armes à feu. Des éléments satiriques ou métaphoriques qui font défaut et qui rendent encore plus plate et linéaire la progression. Ce n'est pas en s'attaquant aussi sommairement aux maux de l'Amérique que la charge cauchemardesque fonctionne.

Comme la série ne coûte presque rien à produire et qu'elle rapporte beaucoup d'argent, il ne faudra pas se surprendre de voir débarquer une autre trilogie ou des antépisodes dans un proche avenir...

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Photo Martin Gignac

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