Monia Chokri est en phase de devenir une cinéaste incontournable du paysage cinématographique québécois! Après deux œuvres à la fois très différentes (par leur sujet) et similaires (par la manière dont elles sont appréhendées) - en plus d’être très bien accueillies mais peut-être trop versées vers le cinéma d’auteur - la cinéaste signe ici son meilleur film et le plus accessible. « Simple comme Sylvain » est un long-métrage en effet bien plus fédérateur sans pour autant verser dans le populaire, l’ancienne actrice fétiche de Xavier Dolan nous narrant une histoire d’amour et de passion certes hors des sentiers battus mais qui pourra parler à tout un chacun. On assiste donc à la naissance de cette romance par le biais d’un banal adultère et le film nous fera suivre tout le cheminement et les conséquences de cette rencontre à travers les yeux du personnage féminin joué avec fougue et malice par l’excellente Magalie Lépine-Blondeau. Cette actrice est la meilleure amie de Chokri à la ville et la complicité et la confiance qui unit les deux femmes se ressent à travers le film.
Nous voilà donc face à une comédie romantique avec une tonalité peu commune et un humour singulier qui ne ressemble à aucun autre. « Simple comme Sylvain » prouve que la néo-cinéaste a un terrain de jeu et un univers bien à elle et qui nous cueille si on est client de ce type d’ambiance. Que ce soit sur le versant des sentiments ou celui du rire, Chokri frappe juste. Fini le côté complètement décalé de son précédent film, « Baby-sitter »; ici on est dans une œuvre plus réaliste et moins onirique qui n’empêche pourtant pas le film de contenir beaucoup de moments cocasses et décalés mais pas trop. On s’esclaffe beaucoup devant ce long-métrage sans que cela soit forcé : on rit avec les personnages plutôt que d’eux, ce qui montre une tendresse et une empathie mais jamais de prétention ou de misanthropie. Quant au diagnostic posé sur les relations de couple et amoureuses, il est juste et ô combien contemporain.
Le joker qui hausse le film encore plus haut et qu’on n’attendait pas forcément, en plus de la simple mais pimpante et réussie comédie sentimentale, est sans conteste l’analyse affutée et pleine de malice des répercussions que peuvent avoir les différences sociales dans une relation amoureuse. En effet, le personnage du tombeur brut de décoffrage et issu d’un milieu modeste et rural dont tombe amoureux Sophia, le personnage joué par Lépine-Blondeau, a pour lui son physique et l’aspect sexuel. Mais une fois le désir et la passion retombée, la réalité fait son retour et la différence intellectuelle, culturelle, de niveau de vie et de centre d’intérêts – en gros de milieu social - vient mettre un grain de sable dans la passion. Et « Simple comme Sylvain » le démontre avec doigté, finesse et beaucoup d’humour. Les scènes de repas chez l’un et chez l’autre, sans sombrer dans la moquerie, sont jubilatoires et la morale finale est dure et cinglante mais crédible.
En plus, Chokri démontre une nouvelle fois que sa mise en scène a du coffre et de la personnalité même si elle a un peu
tendance à abuser d’effets de style parfois un peu trop voyants ou inutiles. En bref, son nouveau long-métrage est une belle réussite avec un récit classique mais efficace, bien écrit et bien construit. Il nous plaît aussi bien sur le versant des choses dites, où la réalisatrice apporte du neuf de manière caustique que sur le jeu impeccable de ses comédiens ou encore des sensations qu’il procure, entre rires et analyse sociale. Un coup de maître qui donne envie de voir la suite, chacun de ses films étant meilleur que le précédent.
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